(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Gazette du bon genre"

■ : 



-* 



N' 7. — 1920 



Revue JVlensuelle 



y Année 



Oa^w^etta ilii/ 




^m 9 - 



&> 



JsvcieD VOÇ1ZL 'Directëop 




CONDÊ NAST, Publldber 

19 Weot 44 th. Street 

NEW- YORK U. S. A. 



/PARIS 
LES ÉDJTIQNS LUCIEN VOGEL 
LONDON \ GENÈVE 

THE FIELD PRESS Ltd. 4&, N AVILIE et G* 



\ ) 



à A- 



^#^.^^,é^%*^^,é^^^#^^ 



.Les Couturiers cités ci -dessous par 
ordre alphabétique ont contribué à Ionder 
cette Grazette, ou lui apportent, en outre, 
leur collaboration, laide de leurs 



avec 
conseils. 



BEER © © 
C HERUIT 
DOEUILLET 
D O U C E T 
L A N V I N 
P A Q U I N 
Paul POIRET 
REDFERN 
® ¥ORTH 



*_<p«fc*~ -*<?=^ ~*<r*Kr- -*.<?*ixr- ~*.c§>c -~*f*g- ~y>£*%gr ~20£~ "30£" 



SOMMAIRE DU NUMERO 7 



jM.il-neuf-cent-vingt 3 e A: 



nnee 



ARRIÈRE -SAISON Roger ALLARD. 

Dessins de LABOUREUR. 

FOURRURES Emile HENRIOT. 

Dessins de SIMÉON. 

BOURRASQUE (Horo-texte) par SIMÉON. 

L'ILE TORQUATE. — DE LA COIFFURE DES TORQUATIENNES . 

Dessins de Ch. MARTIN. PIERRE MAC ORLAN. 

LE CHAPEAU EN PORCELAINE (Horo-texte) par Ch. MARTIN. 

CES CHÈRES VIEILLES CHOSES Denise VAN MOPPÈS. 

Dessins de Maurice VAN MOPPES. 

LA ROBE ÉGRATIGNÉE Marcel DUMINY. 

Dessins de BENITO. 

LES QUATRE BOUQUETS (Hon-texte) par BENITO. 

COMMENTAIRE POUR DES MODES VILLAGEOISES DTTALIE, 

TROUVÉ DANS JACQUES CASANOVA CHEVALIER DE 

SEINGALT. 
Dessins de Zoë BORELLI-ALACEVICH. 

BIARRITZ KEAN. 

Dessins de Gustave BUCHET. 



POUR CELLES QUI REGRETTENT Georges- Armand MASSON. 

Dessins de MAGGIE SALZEDO. 

CHEZ LES MAITRES DE LA COUTURE par André FOY. 

PLANCHES H0RS-TEX1E 

L'HEURE DU THÉ. — Manteau, de Jeanne Lanvin par BENITO. 

LE JARDIN DE L'INFANTE. — Robe du ôoir, de Paul Poiret. par Ch. MARTIN. 

BROUILLARD. — Tailleur de promenade, de Worlh. . . par Pierre BRISSAUD. 

LES DEUX SŒURS. — Manteau et robe, pour le éoir, de Béer 

par MARIO SIMON. 

LE RETOUR DES AUTANS. — Robe-manteau et tailleur, de Dœuillet 

par SIMÉON. 

LA MODE POUR L'AUTOMNE 1920. — (Quatre planchée bord-texte) 

par SIMÉON. 



Coiffure par 




Ltd 



2^-25, Conduit Street 
LONDON W.i. 

398-400, Rue Saint-Honoré 
PARIS 



«=5*e?»<s'î)«c?=®«=5*e7©#=^*c^^ï*^^ 





On trouve les modèles des grands couturiers reproduits par cette (jazette 

criez 

MERCÏE M-HARDY 

3, Princes Street and 240, Oxford Street 
(OXFORD CIRCUS) LONDON W.l. 




L 



7n.t 



OHEME B'ARL 



Parjuin enivrant 



DELETTREZ - VIVAUDOU 

i5, Rue Royale, i5 

LONDRES PARIS 



ARLY 



NEW-YORK 




ce 



MuAy" 

un p artum de 




Pari. 




L A 



ANSEUSE EPUISEE 



Ameublements de Style 

Cke Z MERCIER Frères 
100, Rue du Faubourg Saint- Antoine :: PARIS 




% ./.s.^^^Êf*'" ■■ \ 



X \ /'' / A 



\ .* " ;' 

''P- '/ 



/ î m&î N »-^- j 



mwmmm 




\ s /\ t- 




L A SORTIE DU CASINO 

Four^re de W^ E I L, S£ 

PARIS -^ 4, Rue Sainte -Anne, 4 -w PARIS 




Cadre et 
Bougeoir 
en argent de 



1, Rue de 
la Paix 

PARIS 



£td. 



BIJOUTERIE — ORFÈVRERIE 
LONDRES □ BIARRITZ D NICE □ MONTE-CARLO 



/Modestie et douceur 

. ainsi qu'un Collier " Técla 
Telles dont les véritables parures de 
la femme. 




10 RUE DE LA PAIX, PARIS 
7 OLD BOND STREET, LONDRES 
FIFTH AVENUE, NEW YORK 




ARRIÉRE-SAISON 




son éclat fiévreux vous avez reconnu le 
dernier jour de la saison. La nuit fut si 
fraîche que le casino s'éteignit et que les 
yeux des danseurs se remplirent soudain 
d'adieux innombrables. Seuls, les visages 
émaciés des pontes sont demeurés impas- 
sibles, car les jardins du hasard fleu- 
rissent en tout temps et partout. 

Mais nos chères joies balnéaires, ce matin, gisent pêle- 
mêle comme les coupons d'étoffes bariolées, à la montre d'un 
grand magasin, un jour de solde. On n'ose plus désirer ni 
choisir. Sachons du moins le boire avec délices, ce cocktail 
précieux et compliqué, cette mélancolie où se mêlent tant de 
sentiments divers. 

L'hiver des capitales rallume au loin des brasiers 



197 



Copyright Septembre 1920 by Lucien Vogel. Paria 




tournoyants; les amours d'aventure 
y pourront bien renaître, mais ces 
jeunes filles du bord de la mer, où 
donc les retrouver jamais. Nous les 
reverrons peut-être, épanouies sous 
la fourrure et contre le velours d'une 
loge de théâtre. Mais leur parfum 
ne sera plus le même, et cette fraî- 
cheur salubre... 

Qu'elles sont heureuses, les 
amours nées de l'écume marine et 
parmi les embruns! Longtemps elles 
gardent le goût âpre et sauvage de 
l'adolescence. De toutes les saveurs 
de la vie, aucune ne persiste mieux. 

Hélas, il a suffi du sifflet d'un 
express pour déchirer la belle trame 
des vacances, où tant de jeux étaient 
brodés. Les tennis aux angles stricts 
se rouillent comme des cages aban- 
données. Les oiseaux blancs sont 
envolés qui pépiaient dans un anglais 
de fantaisie. Sur les pelouses on a 
cueilli les derniers enfants : La rentrée 
ded clapet) aura Lieu Le... 

Mais vous-même, amie, n'avez- 
vous pas d'importuns devoirs. Venez, 
il est charmant encore, après un long 
été, de faire une dernière promenade 
sur la digue, par un soir comme 
celui-ci, lorsque grâce à la pluie, le 



ciel et l'eau ne sont plus qu'une 
douce vapeur verte et grise. 

Vos robes étaient si légères que 
le hâle de votre peau me semblait 
quelquefois devoir les roussir. Je 
vous aimais ainsi au temps chaud. 
Mais je me plais à voir reparaître les 
manteaux aux grands cols. Ils ne 
laissent voir que vos yeux. Voici 
le moment d'échanger des mensonges 
pour conjurer la vie et ses caprices. 

Vous partirez demain puisque 
la Saison est finie. Le monde a ses 
rigueurs. Quant à moi, je vous plains 
de devoir passer en tant de lieux 
divers sans demeurer vraiment dans 
aucun, sans jamais vivre dans l'inti- 
mité des paysages. Souffrez que je 
demeure ici quelque temps encore. 
Je verrai s'éveiller à sa vie provin- 
ciale et française cette rue que vous 
avez traversée si souvent sans devi- 
ner qu'elle était si jolie. L'une après 
l'autre le long des côtes de l'ouest, 
les stations balnéaires, comme des 
actrices après le spectacle, se déma- 
quillent et reprennent figure de villes 
maritimes. C'est alors qu'on peut 
saisir leur charme véritable. 

Et la campagne alentour aussi 
n'est plus la même. On dirait que 




MMMHM 



les mesures en sont changées. Plus rares, les autos effacent 
moins les distances, les routes s'allongent comme pour se reposer 
un peu et dormir à flanc de coteau, étirant leurs lieues au soleil 
de la saint Martin. Et le long de l'automne s'espacent les coups 
de fusil des chasseurs, acharnés à tueries derniers beaux jours. 

Et notre plage, amie, vous ne reconnaîtrez plus son visage. 
Pour moi, tout cet été, il se confondait avec le vôtre et j'aurai 
peine encore, parfois, à séparer vos traits des siens. Son sourire 
un peu triste sera pour moi celui d'une maîtresse qui voit 
revenir son infidèle. Déjà la mer a secoué les baigneuses tardives 
et prélude aux jeux farouches de l'hiver. Sur le sable s'allonge 
l'ombre d'un pêcheur qui revient, ses filets plies sur son dos, 
immense et noir contre le ciel couchant. Les oiseaux sifïleurs 
qui descendent du nord et qui passent la nuit au ras de la 
falaise, donnent sans cesse le signal de mystérieux départs... 

Si vous saviez comme, au matin frileux, la dune déserte 
est plus belle ! On croirait voir frissonner au vent l'épaule 
nue d'une femme abandonnée. 

Certes non moins que la rose d'automne chère au poète, 
« plus qu'une autre exquise » est la plage d'arrière-saison. 

Roger Allard. 





FOURRURES 



> ORSQU'AVEC ses enfants vêtus de peaux de bêtes 
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah, il ne se 
doutait pas, le pauvre homme, qu'ils portaient 
une fortune sur leurs dos ; et si vous aviez été 
dans son cas, Madame, il est vraisemblable 
que vous en eussiez oublié vos remords — ils 
sont légers, à une jolie femme — en rêvant au frivole usage 
que l'on pouvait tirer de ces peaux-là. C'était, j'aime à le 
croire, d'authentiques peaux d'ours, des visons fabuleux, de 





la vraie loutre, des renards 
bleus et argentés, des opossums, 
des chinchillas à n'en savoir 
que faire. Hélas! autant de 
perles aux pourceaux. Et vous 
voilà toute triste à l'idée de cette 
belle marchandise gâtée... 

Ces gens-là, nos arrière- 
grands-pères, tout de même que 
nos cousins de Laponie, ne 
méritaient pas d'aussi rares 
fourrures : c'étaient d'affreux 
utilitaires qui ne les mettaient 
que pour avoir chaud; et vous 
seule, Madame, en usez conve- 
nablement, pour faire joli. On 
n'en veut pour preuve que de 
vous avoir vue une 
fois — ce n'était pas 



il y a longtemps — couverte, au plus fort d'un été 
torride, de ces ravissantes toisons, auprès des- 
quelles celle qu'alla quérir Jason n'était qu'une 
peau de lapin. Et une fois de plus, 
il nous faut avouer que vous n'avez 
pas tort. Car on ne sait imaginer 
rien de plus voluptueux — ne fût-ce 
qu'à voir — qu'une belle personne, 
et rose, et tendre comme vous, sous 
ces pelages animaux, si doux à l'œil 
qui les caresse, à la main qui les 
touche aussi, si propres à retenir 




les parfums! Et quel juste symbole, en outre! N'est-ce 
pas par nos soins affectueux, comme aux temps r\ides des 
cavernes, que vous voilà si douillettement revêtue, avec les 
dépouilles rapportées des chasses fabuleuses ? Un moraliste 
mysogine, d'autre part, ne redouterait pas d'affirmer qu'il est 
séant aux dames de rappeler par leur vêture qu'il y a de 
l'oiseau en elles, et du carnassier, et qu'ainsi plumes et 
fourrures sont faites pour elles. — Ce serait méchant de dire 
cela : aussi nous ne le dirons point. 

Disons seulement que nous supplions les dames char- 
mantes de choisir des fourrures molles, de préférence à toutes 
autres. Car nous vîmes, l'an passé, nos amies couvertes de 
singe, horrible au toucher, comme l'astrakan autrefois ; et l'on 




ao3 



nous menace bientôt de cet affreux mouton, dont la laine est 
rude : et cela nous chagrine fort, car ce sont des fourrures 
revêches, inhospitalières, pour dames seules. Au lieu qu'une * 
moelleuse loutre, l'opossum délicat, la flexible zibeline, le 
renard comme une caresse ont je ne sais quoi de favorable et 
de pliant, qui fait que, fussiez-vous une tigresse par-dessous, 
rien qu'à vous voir aussi confortablement emmitouflée, on a 
déjà envie de vous prendre dans ses bras et de vous emporter, 
sans en demander la permission, comme une proie et le plus 
charmant petit animal, dont on sent le coeur agité, et qui se 
débat sous sa toison. 

Emile Henriot. 








Gazette 



— N° 



Septembre 1920. — PL. 48 




JL -lie lorqtiate 
de la C^oillure des 1 orcjuatiennes 

LES Torquatiennes se font coiffer chez le potier. 
La boutique des potiers à la mode ne ressemble en 
rien à ce que nous avons l'habitude de considérer comme 
une boutique de potier. C'est un endroit d'une rare élégance. 
D'accortes vendeuses réunissant, pour leur usage, les plus 
récentes recherches de la mode, sans oublier les moins 
modestes, circulent, avec élégance et affectation, parmi les piles 
de coiffures en céramique empilées çà et là ainsi que des 
pastèques au bord d'une darse dans un port méditerranéen. 
Le potier n'est pas un artisan à la manière de ses 
confrères d'Europe, par exemple. Il n'affecte pas les attitudes 
d'un maçon : il participe à la fois de l'artiste par sa vanité et 
du commerçant par son arrogance. 



2o5 




Les jolies 
quatiennes trembl 
devant cet hommejf 
avec des attitudes de 
j eune boule au au mois 
d'octobre. Elles ten- 
dent leur beau visage j 
prétentieux dans la] 
direction du Maître,! 
un peu comme s'ilj 
s'agissait de confier à 
un bourreau mondai 
leur chef pour un 
décollation élégante. Le potier 'manipule le joli 
crâne, relève la tête minaudière d'un coup de pouce, 
fait un signe. Et tout aussitôt une vendeuse élevant 
une poterie en s'inclinant sur ses hanches souples, 
tend la merveille au Maître qui la soupèse et l'ajuste 
de guingois sur les cheveux de la cliente. 

Les chapeaux en céramique varient selon l'ins- 
piration du potier. 

Il y a le chapeau plat que l'on appelle : 
"l'assiette-de-Iokanaan", en souvenir de Salomé et 
de sa célèbre victime. 

Il y a le " Je-vous-vois- Jenny ", en forme de 
calotte, avec un œil au fond. 

Le " Vous-en-reprendrez-bien-un-peu ", char- 
mant bibi, de la forme et de la grosseur d'une tasse 
à thé, est un chapeau que les élégantes juchent en 
coup de poing au sommet d'un chignon monumental 
copié sur le modèle d'un temple 
d'Angkor. 

Les jours de pluie les élégantes 



206 




se coiffent d'une sorte de saladier en grès 
flammé, divinement décoré selon les hasards 
du feu et la fantaisie de l'artiste. 

Tous ces chapeaux se cassent facilement, 
ce qui permet d'en changer souvent et de ne 
jamais courir le risque de porter un couvre- 
chef démodé. 

Les hommes portent des chapeaux de 

forme ronde en porcelaine blanche, en terre 

de pipe, ou en écume de mer. La mode veut 

que l'on y peigne des pensées tirées, pour la 

plupart, des œuvres les plus recherchées des 

moralistes de salon. 

C'est ainsi que l'on peut lire sur les chapeaux 
des élégants : 

— La vie serait beaucoup plus longue si on la 
commençait par la fin. 

— C'est en parlant d'amour que l'on oublie l'objet 
de son désir. 

— La misère rend les hommes vaniteux. 

— Une belle fille peut se mettre dans toutes les pièces. 

— Une femme ne doit jamais lire le journal quand 
elle e<ft nue. 

— Les voyages ne forment que les jeunes gens 
qui veulent devenir des 
employée de wagons-lits. 

Et d'autres. 

L'élégant 
ainsi paré peut se 
promener dans 
les rues sans at- 
tirer la curiosité 




des oisifs. Fait qui, à lui seul, donne à l'Ile Torquate un 
caractère d'originalité bienséante. 

Dans cette île, comme il fallait s'y attendre, les querelles de 
ménage, ou simplement entre amants et maîtresses, se règlent 
à coups de chapeau. C'est la seule manière que les jolies indi- 
gènes puissent utiliser pour casser la vaisselle, puisque, nourries 
d'essences, à la façon de cette belle Imperia dont le seigneur de 
Lerne fut la victime, les Torquatiennes se nourrissent d'essences 
et de parfums, ainsi que l'élément mâle du pays. Il serait bon, 
toutefois, de considérer que l'emploi de la porcelaine dans la 
chapellerie n est pas une idée ridicule. Cette matière est légère et 
seyante au visage. Elle permet des combinaisons décoratives 
d'un effet prodigieux. Nous avons vu des demoiselles coiffées 
gentiment d'une sorte d'assiette transparente retenue par deux 
brides nouées sous le menton. Il nous a paru que ces chapeaux 
ne présentaient pas les inconvénients de la paille, qui est 
inflammable et par ce seul fait dangereuse. 

Les chapeaux construits en porcelaine sont naturellement 
lavables. Nous nous étonnons de constater que cette mode 
ne s'est pas encore propagée dans les pays de vie chère. 
Nous pourrions, dans notre pays, remplacer les inscrip- 
tions torquatiennes par d'autres plus françaises comme : 
Liberté, Égalité, Fraternité. 

On pourrait également trouver autre chose. Mais cela 
ne nous intéresse pas pour l'instant. C'est à Tor- 
quate que la vie est surprenante, dans sa dou- 
ceur compliquée. Et nous verrons, par 
la suite, que le corps souple d'une 
Torquatienne est la propriété de 
mille artistes, d'une imagination sou- 
vent indiscrète, mais jamais en défaut. 

Pierre Mac Orlan. 




-«^ 




LE CHAPEAU EN PORCELAINE 

Modes ei Manières de Torquaée 



Gazette du Bon Genre. — N° 7 



Septembre 1920. — PL. 49 




dément leurs jambes jusqu 
à boutons de nacre. 
Et je sais aussi que les 
petits garçons — qui 
s'appelaient Léon, 
Rodolphe ou Emile — 
portaient de grands 
bérets plats d'où pendait 
un gland magnifique 
— ainsi qu'on peut le 
lire dans les livres de 
Madame de Ségur. 



Ces chères 

vieilles choses 



Je ne sais pas exactement si 
c'était en 1850, ou en 1860, 
ou bien dix ans plus tôt, ou 
bien dix ans plus tard ; je sais 
seulement que les petites filles 
avaient des pantalons de toile 
brodée qui dépassaient de leurs 
jupes et enveloppaient candi- 
'aux tiges vernies de leurs bottines 




209 




ACompiègne et à 
Fontainebleau, on 
batifolait tout le jour 
dans le parc ; coiffées de 
grandes capelines de 
paille, les jeunes femmes 
allaient donner à man- 
ger aux carpes, 
ou jouaient à 
colin-maillard 
sur la pelouse 
avec les vieux 
pré 



galants. Toute la nuit, elles valsaient les valses 
de Strauss entre les bras des jeunes officiers ; 
et, rentrées chez elles, à l'aube, elles déta- 
chaient, d'un air languide délicieusement 
et rêveur, le camée qui fermait leur bra- 
celet — ainsi qu'on peut 
le voir sur un 
tableau célèbre 
d'Alfred Stevens. 





A Paris, vers cinq heures, les jours de 
printemps, l'avenue des Champs- 
Elysées se poudrait d'or autour des che- 
vaux fringants et des calèches vernies où se 
prélassaient de nonchalantes jeunes femmes 




aux cheveux bouclés. En robe 
de tarlatane, de popeline Sol- 
férino, ou de tartan écossais, 
elles abritaient leur teint 
— oh ! si délicat ! — sous un 
tout petit dôme en dentelle de 
Chantilly. Vers cinq heures, les 
jours d'hiver, elles recevaient 
chez elles leurs .amis dans un 
grand salon aux murs tendus 
de damas rouge, aux lourds 

rideaux fermés ; soulevant d'un geste mièvre leurs larges jupes 
à volants, elles posaient délicatement sur les chenets leur 

très petit pied cambré ; 
et lorsqu'elles se 
levaient pour servir, 
en souriant, le thé, 
on voyait se refléter 
dans les glaces des 
silhouettes adorable- 
ment absurdes et des 
nuques blanches entre 
les nœuds frivoles 
des longs « sui- 
vez-moi, jeune 
homme » de soie 
— ainsi qu'on 
peut l'imaginer 
d'après le journal 
de modes qui est 
chez ma grand'mére. 




Sur la terrasse des casinos, à Bade ou à Vichy, les femmes 
en toilettes d'impératrice et les hommes aux plastrons 
éblouissants se réunissaient autour des tables couvertes de 
fleurs, d'argenterie et de cristaux où les bougies se reflètent, 
multipliées. Frôlant les blanches épaules à la Winterhalter, les 
propos légers et subtils voltigeaient parmi la mousseuse fièvre 
du Champagne, les parfums, les rires fous, le son des quadrilles 
lointains, la splendeur des feux d'artifice — ainsi qu'on peut 
l'entendre encore dans la musique de Jacques Offenbach. 

Denise Van Moppès. 





la robe égratignée 

L'AURORE avait mis au monde une matinée qui chantait 
à gorges de brises ou d'oiseaux et le soleil dans une âme 
de ciel bleu honorait la terre. 

C'était le premier âge de l'été. 

La jeunesse de la saison aimait encore se caresser de 
fraîcheurs et, seule, dans le jardin où il y avait des groseilles 



de rosée, vous étiez une robe 
blanche, blanche, blanche... 

Je vous ai vue suivre un 
sentier que l'herbe tourmentait : 
vous savez, à peine esquissé, 
ce sentier des Mouvernes dont 
on eût dit qu'il ne conduisait 
nulle part — souvent il m'a 
fait penser à quelque souvenir 
négligé. Je ne sais quelle 
songerie vous a retenue là, mais 
vous ne vous en êtes allée que 
surprise par un odorant silence. 

Alors, vous avez cherché 
les fleurs qui venaient de se 
révéler et vous les avez trou- 
vées. C'étaient, un peu cachées, 
des roses dont l'une que vous 
vouliez cueillir a griffé votre 
robe. Vous l'avez prise, et puis 
deux autres... 

Kt sur l'égratignure vous 
avez mis trois roses. 

O vous qui si délicatement 
avez fait ce sacrifice parfumé; 
vous qui savez si bien poser 
trois roses sur la neige, n'êtes- 
vous pas une grande amie de 
la Mode, une de celles qui 
inspirent et créent divinement 




214 




pour l'amour des yeux. Devant 
l'image qu'il me reste de votre 
geste je ne puis me défendre 
de le penser. Je souhaiterais 
même grandement qu'il en fût 
ainsi puisque voici des robes et 
que voici des fleurs. 

Offrande à l'élégance, voici 
des hortensias à qui la Chine 
confia un secret de couleur 
rose, des hortensias dont j'aime 
assez le nom pour souhaiter 
vous l'entendre prononcer. 

Ces tulipes, j'en suis sûr, 
sauront aussi vous plaire. Cer- 
taines — vous en souvient-il — 
sont allées fleurir jusqu'en ce 
mystérieux Jardin où l'Infante 
entend le page Naguère lui lire 
d'ensorcelants poèmes. 

Cependant qu'immobile, une tulipe aux 

[doigts, 
Elle écoute mourir en elle leur mystère. 

J'imagine bien la tendre 
Infante d'Albert Samain ayant 
piqué à sa ceinture la fleur 
aux formes si expressivement 
pures. 

Gageons, Madame, que 
c'est là une de vos conceptions 
et que vous ne dédaignerez 



3l5 




pourtant pas ces pavots, non 
plus que, du reste, ces coque- 
licots éclatants et vigoureux. Il 
y en avait beaucoup à Mou- 
vernes. Vous avez dû les 
voir en flammes dans les blés 
droits. 

Des coquelicots sur une 
robe... Une de vos amies qui 
la porte a du velours noir au 
fond des yeux. Oh ! ces yeux 
sombres et ces coquelicots qui 
se regardent, ardents ! 

Je vois aussi des guirlan- 
des, des volants de roses, mais 
vous en parler, je n'ose. Mou- 
vernes, comme vous m'avez 
fait chérir les robes en fleurs ! 
Je croirais volontiers mainte- 
nant que toutes les fleurs sont 
vouées à toutes les robes. 
Posée sur un meuble, la toi- 
lette que vous allez mettre est 
déjà vivante parce qu'elle 
est fleurie. Elle vous dédie sa 
chanson colorée. 

Madame, accordez-nous 
des robes à bouquets. 

. . . Mais au fait qui êtes- 
vous? 

Marcel DuMINY. 




Robe du soir garnie de fleurs 



Gazette du 



— N° 7 



Septembre 1920. — PI. 50 





COMMENTAIRE POUR 
DES MODES VILLA 
GEOISES D'ITALIE, TROU 
VÉ DANS JACQUES CA 
SANOVA CHEVALIER DE 
SEINGALT. 



N passant sur le quai de 
Saint- Job, je vois dans une 
gondole à deux rames une 
villageoise très richement coiffée. 
M'étant arrêté pour la considérer, 
le barcarol de proue s'imagine que 
je veux profiter de l'occasion pour 
à meilleur marché, et dit au barcarol de 
rivage. Je n'hésite pas un moment en 
voyant le joli minois de la villageoise ; 
je monte et je lui paie le double 
pour qu'il ne prît plus personne. Un 
vieux prêtre occupait la première 
place auprès de la jeune fille : il se 
lève pour me la céder, mais je 
l'oblige poliment à la reprendre. 



aller à Mestre 
poupe de revenir au 



— Cette fille, me dit alors 
l'oncle, telle que vous la voyez, est 
un bon parti; car elle a trois mille 

317 





écus. Elle a toujours dit qu'elle ne 
veut épouser qu'un Vénitien, et je 
l'ai conduite à Venise pour la faire 
connaître. Une femme comme il faut 
nous a donné asile pendant quinze 
jours, et elle l'a conduite dans plusieurs 
maisons où des jeunes gens mariables 
l'ont vue ; mais ceux 
qui lui ont plu n'ont 
pas voulu entendr 
parler de mariage, 
comme ceux qi 
l'auraient vouli 
n'ont pas été 
son goût. 

— Mais croyez- 
vous donc, 
lui dis-je, 

qu'un mariage se fasse 

comme une omelette ? 



Coiffée en riche paysanne, 
elle avait sur la tête pour plus de 
cent sequins d'épingles et de 
flèches d'or qui retenaient les 
tresses de sa longue chevelure 
d'ébène. De longs pendants 
d'oreille massifs, et une chaîne 
d'or qui faisait vingt fois le tour de 
son cou d'albâtre, donnaient à sa 
figure de lis et de rose un éclat 




218 



enchanteur. C'était la première beauté villageoise que j'eusse 
rencontrée dans cet appareil. 

Je regardais cette jeune fille avec étonnement. Elle 
me semblait une princesse déguisée en paysanne. Son 
habit de gros de Tours galonné en or était du plus grand 
luxe, et devait coûter le double du plus bel habit de ville. Ses 
bracelets, semblables à son collier, complétaient la plus 
riche parure. Elle avait la taille d'une nymphe, et, la 
mode des mantelets n'ayant pas encore pénétré au village, 
je voyais la plus belle gorge qu'il soit possible d'imaginer, 
quoique son habit fût boutonné jusqu'au cou. Le bas du 
jupon, richement galonné, ne descendait qu'à la cheville, 
ce qui me laissait voir le pied le plus mignon et le bas 
de la jambe la plus fine. Sa démarche juste, sans aucune 
gêne, tous ses mouvements libres, naturels et gracieux ; 
enfin un regard charmant qui semblait me dire : je suis 
bien aise que vous me trouviez jolie, tout faisait circuler 
le désir du bonheur dans mes veines. Je ne pouvais concevoir 
comment une fille aussi ravissante avait pu être quinze 
jours à Venise sans trouver quelqu'un qui l'épousât ou qui 
la trompât. Ce qui contribuait beaucoup à mon ravissement, 
c'étaient son jargon et sa naïveté, que l'habitude de la ville 
me faisait taxer de bêtise. » 





1ARRITZ 





gtwwmtc 

1 B 

S* K 


1 


Bg WW „ W Ç 



IARRITZ, ville des quatre saisons ! Est-ce la pureté 
de la perspective des Pyrénées, dont on voit à 
l'horizon s'incliner les contreforts ; est-ce la fougue 
de l'Océan, qui ne capitule point devant les 
grâces en stuc des hôtels et du casino, qui « ne fait point le 
gentil » devant les étrangers comme une Méditerranée; 
est-ce un certain côté de la vie à Biarritz, chasses au 
renard, promenades à cheval, réceptions aux belles villas ; 
est-ce tout cela?... mais nous y ressentons plus qu'ailleurs la 




grâce d'une villégiature privilégiée. 
„ La mode, qui entraîne après soi 
la foule, la banalité, la contrefaçon, 
n'arrive pas tout à fait à tronquer 
notre idole ni à falsifier notre plaisir. 
Nous ressentons toujours, en dépit 
des profanes — et comme au premier 
jour — une belle ivresse à rencontrer 
Biarritz entre 
l'Océan superbe et 
la campagne ver- 
doyante, « étincelant 
comme un diamant serti 
dans une nappe d'éme- 
raude ». Quelqu'un a 
dit cela, nous ne savons 
plus qui ni où. Il n'im- 
porte, d'ailleurs, car ce 
n'est qu'une image facile 
à retenir et peut-être sans grand éclat. La 
vérité sensible est qu'on ressent à Biarritz, 
parmi l'âpre douceur de la Biscaye, la saveur ^jj 
d'une vie de luxe et de plaisir, au cœur 
d'un pays qui possède une âme. 

Contraste violent, continu, dont on 
subit l'enchantement à toutes les époques — 
sans même que vous preniez la fatigue de 
vous en apercevoir, mesdames, entre deux 
changements de toilette — car Biarritz est la ville des quatre 
saisons. Dans la vivacité saline de l'air du printemps, la 
fête des Fleurs de Pâques vous éblouit de gaies couleurs, au 





sortir de la procession du Vendredi-Saint qu'on va voir d'un 
vieux balcon de fer, montant les rues escarpées de Fonta- 
rabie, de l'autre côté de la Bidassoa. La chaleur ardente de 
l'été, qu'adoucit la fraîcheur du bain, pré- 
pare aux moiteurs délicieuses de septembre, 
cime de l'année mondaine... Biarritz na 
plus tout à fait le même visage. Impos- 
j j \ F ^ " sible d'y entendre le bruit de la mer 

dans sa grisante nudité. Il vous arrive 
assourdi, à travers le caquetage étour- 
dissant des Espagnoles aux petits pieds, 
et qui vous jettent, au 
passage, leurs yeux de 
velours noirs. Les linkd, 
d'ordinaire vastes pelouses 
plissées de vent et soli- 
taires, deviennent toutes 
peuplées et sont rayées 
de rouge, de 
bleu, de violet, 
d'orange : <*u>eater<* 
des Anglaises... 
Que si vous êtes 
habitués à prendre le thé chez Tire- 
mont, vous n'y trouverez plus de 
place passé cinq heures. Vous vous 
heurterez à des tables pleines, 
embarrassées, et vous trouverez, 
dans le coin où vous avez flirté 
naguère, devant des toasts honnêtes, 
toute une compagnie paradante, 





aaJ 



rieuse, un peu insupportable avec son air victorieux et ses 
manières envahissantes... Cependant, aux rythmes des 
jazz-band incessants, des croupiers, les paupières gonflées de 
sommeil, passent en dodelinant comme des automates, ainsi 
qu'en un conte de Marcel Schwob. 

En novembre, cette foule se dispersera. Biarritz vous 
restera dans sa vraie nature, un peu alanguie, comme une 
épaule lasse appuyée dans la soie de sa plage de sable doux. 
C'est l'heure exquise pour ses vrais amants, ceux qui l'aiment 
pour elle-même, qui l'ont connue pendant ses quatre saisons, 
qui ont été respirer l'air salubre et craquant 
sous les pins d'Anglet, qui ont musé à Saint- . — |V| 

Jean-de-Luz, été rendre visite à la villa du ÊÊ ™ i* 1 
poète à Hendaye, et apprécié Cambo courbé 
comme une chistera sur sa colline. . . 

Nous vivons une époque dis- 
gracieuse, où toute chose s'altère 
au contact des richesses mal conte- 
nues. Des gens surviennent, qui 
vous ternissent vos plaisirs. Vont- 
ils, au cours du change, ces intrus, 
transformer cette Côte d'argent à 
la douce lumière en une Côte d'or 
implacable. . . De te savoir menacée 
de ces importuns, Biarritz, nous 
t'en aimons davantage, toi qui, 
même déchue, conserverait de ta 
grandeur, comme celle qui la pre- 
mière arrêta son regard sur ta 

beauté - Kean. 




«4 



m 





jpuOmMj cJlJUlsLts ouaÀ, hJUxh£k)jlrrJu.,. 




J 



-E vous l'avais bien dit, folle, très folle amie, 
qu'un jour viendrait vite où vous feriez la 
moue devant votre miroir, et maudiriez les ciseaux 
trop dociles de l'an passé. Souvenez-vous qu'au 
moment où je vous vis les cheveux coupés, j'inter- 
pellai véhémentement les lâches instruments du 
sacrifice : « Imprévoyants ciseaux ! Sacrilèges 
ciseaux ! m'écriai-je. Si vous aviez été d'intelligents serviteurs, 
n'eusssiez-vous pas dû refuser d'obéir à la main qui vous plon- 
geait dans le flot de cette chère chevelure. Quelle audace fut 
la vôtre, ô vandales, d'attenter à ces nobles 
boucles brunes que naguère enviaient les amies 
de mon amie et qui gisent maintenant dans 
une boîte parfumée. Le poignard de Thisbé 
fut moins barbare, qui du moins rougissait de sa 
félonie. Mais vous, vous ne semblez pas vous rendre 
compte de ce que vous avez fait. Vous êtes là, sur 
la table de toilette, inconscients de votre crime ; et 




22 .<5 




vos mâchoires d'acier luisent sournoisement, 
prêtes à perpétrer quelque nouveau meurtre.» 
Vous vous êtes moquée alors, folle, très 
folle amie, de ma prosopopée, que vous avez 
taxée de mauvais goût. Il vous faut convenir 
aujourd'hui que j'avais raison. Un vieil ami 
de ma famille avait coutume, lorsqu'il goûtait 
au potage et ne le jugeait pas assez salé, de pro- 
noncer, avec une certaine solennité, tout en ajoutant du sel 




cette formule 
possible d'ajou- 
est quelquefois 



par petites doses circonspectes, 

sacramentelle : « Il est toujours 

ter du sel dans la soupe ; mais il 

difficile d'en retirer. » Vous avez 

appris à vos dépens que l'art de 

la coiffure se distinguait sur ce 

point de l'art culinaire. Car s'il 

est toujours aisé de se faire cou- 
per les cheveux, on ne raccroche 

pas ceux qui sont tombés. 

J'ai toujours estimé qu'il était fâcheux 

de retrancher du corps humain un de ses 

ornements, quel qu'il soit. Dieu, qui ne fait 
rien en vain, ne nous a pas 
donné un nez pour que nous 
l'arrachions, des oreilles pour qu'on nous 
essorille. Toute ablation est une erreur et 
un péché. Vous qui avez si légèrement 
sacrifié à la mode une admirable chevelure, 
pousserez-vous la logique, si demain la vogue 
est aux manchottes et aux culs-de-jatte, 
jusqu'à vous faire amputer. Vous rappelle- 






rez-vous à temps cette personne dont parle 
Béranger, qui devait être affreusement 
mutilée et qui n'en était pas plus fière, 
s'il faut en croire la chanson : 

Combien je regretle 
Le temps éi dodu 
Ma jambe bien faite 
Et mon bras perdu. . . 

Pensez-vous pas que les 

Amazones, quand l'heure était venue de 
déposer l'arc, se devaient repentir de ne 
pouvoir offrir aux baisers de leurs amants 
x qu'un pauvre sein dépareillé? Pensez-vous 
pas que des regrets, non moins cuisants que 
superflus, doivent hanter pendant les nuits 
de garde certains vestibules orientaux ? 
Bah ! me direz- vous, les cheveux repoussent et les coiffeurs 
sont là. Sans doute, sans doute, et aussi bien voici, tout 
autour de ces lignes qui ne vous convaincront pas de votre 
imprudence, de très jolies images qui vous convaincront 
de l'imagination des modistes et de la Toute-Puissance 
des posticheurs. De vos tresses d'antan vous ferez 
des chichis. Mais songez, folle, très folle amie, à 
l'inquiétude où cette aventure m'a jeté pour jamais : 
que M lle Parysis lance aujour- 
d'hui cette idée, et demain peut- 
être retrouverai-je au fond d'un 
tiroir, pareils à des coquillages 
oubliés par la vague, votre nez 
rose et vos deux roses oreilles. 
Georges-Armand Masson. 




tT 




CHEZ LES MAITRES DE LA COUTURE 




Je voudrait exactement le même modèle, tau/ que 
j' aimerait qu'on change le col, qu'on élargiite let manche* 
et qu'on remplace le Llttu par du tatfetat changeant. 




Comment! vaut me mettez det pointé tur Ici banebet... 
MaU tavez-vout que c'ett du dernier vulgaire. 



— C'eut pour le tolr, l'aprit-mldi, le théâtre ? 

— Oh! c'ett oour faire rager met amiet. 




Je tient absolument à ce que l'entemble t'barmonlte 
avec l'irit de met yeux, la longueur de mon angle facial 
et l'ovaU de met hanche*. Je détire conterver mon genre 
trèt -larticulier. 




Modèle d'hiver. — Qu'ett-ce que vaut dite* de la 
ligne qui patte par l'épaule ? 

— C'etl froid cxccéilvcment jroid. 




— Vout comprenez que dant ma tituatlon je dot 
mdre un modèle cher. 

— Malt Madame, 6.000 c'ett déjà un prix. 




L'HEURE DU THE 

lanteau de fourrure, ae Jeanne Lanvir 



Gazette du Bon Genre. 



m n - Vlnnrh, e , 




irv< 



LE JARDIN DE L1NFANTE 

Robe du sair, tîe Paaî PoireÉ 



•JV fdt la Gazelle 



V 



Planche j 2 




BROUILLARD 

sur de promenade, de V\'o.riJi 



A : : de la Gazette 



Planche 5 -, 






LES DEUX SŒURS 



rinteau et robe pour le soir, de JDeer 



A r 7 de la Ga,~i'lle 



Planche jj 




LE RETOUR DES AUTANS 

Tailleur et Robe a après-mîai, de Dœuillet 



la Mode 

>our 1 Automne 1020 



1 > E S S I N É E 

par 

ijiméon 



jur les JVLodèles de 
BEER, DOEUILLET, LANVIN 
PAUL POIRET ET WORTH 



Gazette du Bon Genre. — W 7 . — Croquu de XXXIII à XXXVI 




L A. M v I N( 
C.ROpUl5 






XXIK 



s# 







C^OQU |j 

Pi XX.XV'l 



EXPLICATION DES PLANCHES 

PL 48- — Voici une cape, double en quelque sorte, dont la partie supérieure est en loutre, 
et l'inférieure en cadtor. Pas de mancheâ : les bras peuvent se couler danà deux passants. 

PL 49- — " Petit-chapeau-pour-la-promenade-au-bord-de-la-mer ", en porcelaine tendre 
de l'île, décorée au pinceau de jolies couleurs vives. Une touffe de fruits et un flot de rubanà le 
ferment à son extrémité, au sommet de la tête; et il ressemble à un pot de fleur renversé 1 1 
(Description extraite du Messager des Grâces, Journal des Modes de Torquate). 

PL 5o. — Robe du soir en gaze d'argent, garnie, mélangées entre elles, de roses de velours 
et de soie de tons anciens : vieux rouge, vieux bleu, violet, gris. 

PL Si. — De Jeanne Lanvin, un grand manteau de bure couleur " tête de nègre ", dont 
la fourrure intérieure el le très haut col sont en hamster. Le chapeau, de forme "arlequin , est 
en panne noire et la dentelle en " chantilly ". 

PL Ô2. — Voici une robe du Soir, de Paul Poiret. Elle est composée d'un corselet et d'une 
jupe large en satin blanc bordé de satin noir. La jupe s'ouvre sur une gaze blanche; et un nœud 
en. ruban de satin noir tombe devant. 

PL 53. — Un tailleur pour la promenade, de TVorlh. Il est en duvetine beige el brune; 
la fourrure de la garniture est de ragondin. 

PL 54- — Voici, pour le soir, un manteau el une robe, l'un et l'autre de Béer. La robe 
est en velours de soie noir el lamé argent, brodée de motifs de jais, de tubes et de paillettes 
d'argent, ainsi que les panneaux de côté. Le manteau est en velours de soie couleur turquoise. 
Il est pailleté d'argent, de strass el de cabochons de jais. La doublure est de satin gris perle, 
et le col de chinchilla. 

PL 55. — De Dœuillet, une robe d'après-midi et un costume tailleur. La robe est une 
robe-manteau en lainage gris marengo ; elle s'ouvre sur un " écossais " rouge et noir. Le tailleur 
est en velours côtelé beige et est garni de lynx. 

Croquis xxxm. — Trois robes de Jeanne Lanvin. De gauche à droite : un costume tailleur 
avec un petit paletot en lamé noir, rouge et argent. Le corselet est rouge; la fourrure est en 
renard gris. Puis une robe d'après-midi en velours noir; "quilles "rouges sur les côtés, broderie 
rouge et bleue aux manches. La robe de droite est une robe-manteau en velours de laine noir. Celle 
de Béer est un tailleur en sergé marine, garni de petit gris. 

Croquis xxxiv. — Trois robes de Worth et une de Béer. Les trois robes de TVorth sont : 
celle de gauche en serge marine brodée de soulache bleue et de fils d'argent (ruban de faille) ; la 
suivante en lainage noir brodé de laine mousseuse blanche (bordure de lapin blanc); et la dernière, 
à droite, est un costume tailleur en velours de laine vert frangé de rouge. Le tailleur couturier " , 
de Béer, est en salin et velours " tête de nègre ". 

Croquis xxxv. — Ces deux robes el ce manteau, pour le soir, sont de Dœuillet. A gauche, 
une robe d'une ligne égyptienne ; elle est en lamé or el noir et est garnie de galon incrusté de tur- 
quoises. Puis une robe pailletée et semée de brillants d'argent. Le manteau est en velours el en 
tulle ; fourrure au col, et motifs en argent Sur le tulle. 

Croquis xxxvi. — Trois robes d 'après-midi, de Paul Poiret. De gauche adroite, la première 
en velours noir avec une veste à volants en salin " taupe " ; la seconde en velours rouge el bleu 
marine; col doublé d'argent et cordelière d'argent ; el la troisième est en velours noir rebrodé de 
cabochons et de perles de jais. 

Imp. Studium. Marcel Rottembourg, Gérant. 



Revue jMensuelle 



j' Année 



Oa^w^ettu ilu/ 




*®^ 



I/vcieDVOQEL'Diwdeor 




CONDÉ NAST, Publuher 

19 Wcdt 44 th. Street 

NEW-YORK U. S. A. 



Paris 
les éditions lucien vogel 



LONDON 
THE FIELD PRESS Ltd. jm^ 



GENÈVE 
NASILLE et O» 



^ê^.^^^^^ê^^^ê^^ 



.Les V^outuners cités ci -dessous par 
ordre alphabétique ont contribué à londer 
cette v^-azette 7 ou lui apportent, en outre, 
avec leur colla boration, laide de leurs 
conseils. 

BEER ® 9 
CHERUIT 
DOEUILLET 
D O U C E T 
L A N V I N 
PAQUIN 
Paul POIRET 
REDTERN 
© ¥ORTH 



*^&*$>f -«(J^tt" ***.&*%&" "-«(PîiW' -^*.<? S! i>tr- •~st<? s %*~- -~*(/ ss bK~ •~*<? s, ïif?~ -^(P^*- 
_^-^_ptv, ^s^^-jP*^ ,v*q_p*v, .^ g-^ w^ .^at c^p tVs ^*^_fi*v, „v*ç_p*v, ^ac--j>W, ^*^_j)W, 



SOMMAIRE DU NUMERO 8 



Mil-neuf-cent-vingt 5 e Année 

VOYAGE AUTOUR DE MON ASSIETTE . . Georges-Armand MASSON 

Dessins de Jeanne DUBOUCHET. 

LA FOURRURE DÉGUISÉE Marcel ASTRUC 

Dessins de Ch. MARTIN. 

MONSIEUR EST-IL RENTRÉ? (Horé-texle) par BENITO 

NÉO-HELLÉNISME Robert BURNAND 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 



DEUIL. . . Roger BOUTET DE MONVEL 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 



LE DERNIER CARROSSE (Horê-lexte). par Bernard BOUTET DE MONVEL 

INSPIRATIONS ET REFLETS CÉLIO 

Dessins de MARIO SIMON. 

POUR BERCER VOTRE AMIE AYANT LE CŒUR EN PEINE. 

Dessins de BORELLI-ALACEVICH. Eugène MARSAN. 

" JAMAIS PRÊTES! *' ou LE PREMIER ACTE SACRIFIÉ (Hon-texle). 

par Ch. MARTIN. 

L'HISTOIRE DES FAVORIS Capitaine George CECIL. 

Dessins de Ch. MARTIN. 

VITE ! UNE ÉCHARPE Nicolas BONNECHOSE. 

Dessins de ZINOVIEW. 



PLANCHES HORS-TEXTE 

HINDOUSTAN. — Robe-manleau, de Paul Poiret par Ch. MARTIN . 

ENFIN ! QTJ'AVEZ-VOUS, CHÈRE AMIE?... ou LES NERFS. 

Robe de dîner, de Worlb par Pierre BRISSAUD. 

LE MIROIR OVALE. — Robe du éoir, de Beér. par Jean-Gabriel DOMERGUE. 

LA COIFFURE ESPAGNOLE. — Robe du éoir, de Dœuillel . . . par DRIAN. 

" IL N'A PAS PLEURÉ " ou NOTRE DÉFENSEUR DE DEMAIN. 

Robe de dyle et robe de baptême, de Jeanne Lanvin. par Pierre BRISSAUD. 

TOILES DE TOURNON, LAMPAS, BROCARTS ET BROCATELLES 
(Quatre planchée hor<s-texte) par Raoul DUFY. 




Gazette du Bon Genre 



Numéro 8 




On trouve les modèles des grands couturiers reproduits par cette Oasette 

ckez 

MERCÎE M C -EARDY 

Z, Princes Street and 240, Oxford Street 
(OXFORD CIR.CUS) LONDON W.l. 




LE T I R O 



FORCÉ 



Ameublements de Style 

Cliez MERCIER Frères 

Tapùdierd- Décorateur* 

100, Rue du Faubourg Saint- Antoine :: PARIS 



la A\ode 
masculine 

c K e z 

BARCLAY 

Ta il or 

1S &20,J&venue de /Opéra 
PARIS 






LA DAME AU MANTEAU DE TAUPE 

Fourrure de ^/\^ Ë L ffi^ 

PARIS ^ 4, Rue Sainte-Anne, 4 M PARIS 




Service de toilette argent guilloché avec bandes or de 



i, Rue de 
la Paix 




PARIS 



£td. 



BIJOUTERIE — ORFEVRERIE 

LONDRES □ BIARRITZ □ NICE □ MONTE-CARLO 



r 



Verlaine 



iOj rue de la raix 



PARIS 




le 

Collier 

TÉCLA 



embellit 
la beauté 




%-èolos 



jo RUE DE LA PAIX, PARIS 
7 OLD BOND STREET, LONDRES 
3 9 8 FIFTH AVENUE, NEW -YORK 




de mon assiette 



%. 



v- 



A vez-vous remarqué comme le mois d'août est agréable en octobre? 
-*--"• Je ne sais si vous connaissez l'art difficile de prendre le temps quand il 
vient; pour ma part, j'en suis incapable. C'est à la venue de l'automne que 
le printemps m'est le plus doux, et comme ces fruits que l'on met à mûrir 
sur les claies d'un cellier, les plaisirs de l'été n'ont de saveur pour moi 
qu'aux premiers froids. Devant la cheminée où flambe en sifflotant la bûche 
inauguratrice de l'hiver, je perçois enfin le goût des glaces qui fondaient 
dans ma cuiller, il y a deux mois, sous les quinconces de Royan. Et comme 
c'est la rentrée, la période des vacances s'ouvre pour moi. Je vais donc 
partir en voyage. 



229 



Copyright Octobre 1920 by Lucien Vogel. Paru 



frV <s» 





Il y a justement devant mes yeux 
tout ce qu'il faut pour une expédition 



long 



Un 



Simplement quelques plats de faïence 
accrochés au mur, et une assiette de 
vieux Strasbourg qui tourne entre mes 
mains. Rien ne ressemble plus à une 
mappemonde qu'une assiette de faïence. 
Je me rappelle, un jour que j'étais 
dans la lune, et que j'observais de 
là-haut notre globe terrestre, il avait 
tout à fait cette forme et la fraî- 
cheur de coloris de ce paysage céra- 
mique. Cette tache bleue, là, c'était 
l'Océan Indien; ces pétales d'azur, 
les petits chotts débonnaires de je ne 
sais quelle Afrique. 

C'est au cours d'un périple de 

ce genre que je connus combien la 

ligne droite est l'ennemie des poètes, 

et que le plus court chemin d'un point 

à un autre n'est assurément pas la 

rêverie; car, pour me rendre de ce 

Nevers à ce Rouen, puis à ce Delft, — le 

triangle de ces trois villes n'occupe pas plus 

d'un mètre de la muraille, — il me fallut 

passer par Ehaterinoslav et le sommet du 

Kilimandjaro, avec un crochet par Florence, 

pour y contempler ce cadran solaire dont 

parle Maeterlinck, « qui ne compte que les 

heures heureuses.» 



2ÔO 




Trois fois sage ce cadran 
solaire. Mais bien plus sage encore 
celui que me montre mon hôte. 
Un matin, parmi les heures heu- 
reuses ddnt il tenait fidèlement la 
comptabilité, il s'en trouva une 
plus chargée de joie que les pré- 
cédentes : une heure chaude, blonde 
et sucrée, où tournaient des femmes 
soyeuses, et où toute conscience 
chavirait dans un vertige de soleil, de chair 
et de fleurs. Le cadran philosophe sentit que 
pareille heure ne se pourrait retrouver, et il 
demanda aussitôt à être relevé de ses fonc- 
tions horlogères. Il obtint d'être suspendu 



W^.#- 



dans cette salle à manger tranquille, où il cuve pour l'éternité son 
bonheur d'un instant. 

Mais pour moi qui hélas ! ne suis pas de faïence, je ne puis attendre de 
mon destin cette sérénité minérale. Non seulement, comme au Juif Errant, 
il m'est interdit de m'arrêter, mais encore dois-je souffrir d'un défaut de 
concordance entre ma vie et mon désir. L'une court comme une déesse légère ; 
l'autre s'essouffle sans l'atteindre jamais. C'est une grave maladie de l'âme 
que cette sensibilité à retardement. Ce n'est pas à vous, Suzel, que je pense, 
bien que vous soyez peinte sur la naïve vaisselle que voici; je suis en ce 
moment bien loin de vous, au Château d'Oleron, près d'une de l'an passé 
qui avait un peu votre air de poupée coloriée, et qui est maintenant en 
Pologne. Mais vous aurez votre tour. Vienne, à Pâques ou à la Trinité, 
quelque nouvelle amie, entre ses lèvres et ma bouche vous interposerez votre 
baiser de porcelaine. Et, elle, en voyant que je lui souris, pas un instant ne 
supposera que je la trompe en pensée avec une figure d'assiette peinte. 

Georges-Armand MASSON. 





LA FOURRURE DÉGUISÉE 




N manteau de chinchilla dans les deux cent 
mille, il peut avoir pour ce prix-là des reflets 
argent, que voulez -vous qu'on lasse d'une 
pareille misère si l'on n'en a pas un second, de 
loutre, et un troisième, de zibeline, pour changer, 
pour voir ; et de quel front oseriez-vous, affu- 
blées d'un vêtement aussi peu renouvelé, aborder vos bonnes 
amies : ces juges ? 

Elles auraient vite lait de vous appeler « la mère 
Chinchilla » du nom de votre fourrure unique. « On voit 
bien que vous ne connaissez pas les femmes! » Il vaut mieux, 
plutôt que s'exposer à telles avanies, s'enfermer pendant tout 
l'hiver, voilà tout — si l'on ne peut se montrer habillées 
comme tout le monde. 

Or, voici que les organisatrices de la mode et du goût : 
ces modelijted que vous ignorez et qui, dans l'ombre, travaillent 
pour vous qui portez leurs créatiotu sublimes, voici qu'elles 



2 33 



ont trouvé le moyen de faire trois 
manteaux d'un seul. Oh! rassu- 
rez-vous. Il n'est pas question du 
moyen employé jadis par Saint 
Martin, homme d'intentions pures 
quoiqu'un peu bien fruste (comme 
tous ces premiers chrétiens) et, dans 
tous les cas, déplorable tailleur 
d'habits, pour aller couper un 
manteau du tranchant d'une épée. . . 

Laissons les saints afin qu'ils 
nous laissent. 

Il sera temps de les intéresser 
à nos cas si psychologiques le jour 
où nous de- 





X 



vrons compa- 
raître en âmej (car nous sommes 
bonnes chrétiennes, n'est-il pas vrai ?) 
devant eux, et dépourvues 
d'un corps charmant qui 
nous servit, dans ce monde- 
ci, à aplanir bien des diffi- 
cultés de l'existence. Ce 
qu'on vous propose, c'est de 
varier l'aspect de vos manteaux 
de fourrure en les recouvrant de 
chapes et de chasubles, inter- 
changeables et amovibles ; en satin, en 
soie, en mousseline, en tulle, en dentelle 
d'argent ou d'or; brochées, rebrodées 
comme on dit, pailletées ; opaques ou 



2Z4 



transparentes selon leur destination, l'heure du jour où on 
les revêt, le lieu où l'on se rend et la personne que l'on va 
voir; ou bien transparentes et opaques à la fois — pour le 
théâtre, alors, la soirée, l'Opéra, et richissimes, dans ce cas, 
byzantines, embellies, fastueuses ; nouées au col par une 
cordelière à pompons ou retenues comme les manteaux 
sacerdotaux, sur le devant, par une agrafe d'émeraude... 

... Ouf! Attrapé-je assez bien le style descriptif qui 
convient ? 

Allez donc chez votre couturier, cet homme génial et 
qui a pour vous, positivement, une adoration à cause de 
votre ligne unique et pour votre chic incomparable à porter, 
vivante réclame, les ravissants modèles sortis, telle Pallas, 
tout armés de son cerveau. Votre couturier vous arrangera 




2 35 



cela dans le temps compris entre deux essayages, du mercredi 
au mercredi suivant; et, pour un manteau, par le prestige 
d'une imagination jamais lasse alimentée par la savante ingé- 
niosité des modcluto filles de son esprit, pour un manteau 
confié, il vous en rendra trois. 

Ainsi la semence symbolique tombée en une bonne terre 
et qui produisit cent pour un, et, aux jours de Tibériade, 
les pains miraculeusement multipliés... (Quels admirables 
exemples, dans l'Évangile !) Et ainsi, aussi, le couteau de 
Jeannot dont l'on changeait tantôt la lame et tantôt le 
manche, mais c'était toujours le même couteau. Multiforme 
sous ses parures différentes, votre manteau sera toujours le 
même manteau. Mais, en marchant vite, qui voulez-vous qui 



s en aperçoive 



Marcel AsTRUC. 





SIEUR EST -IL RENTRÉ? 

lobe d'après-midi en " Kasna " et " Djersador ", de Rodier 



Gazette du Bon Genre. — N» 8. 



Planche }6 





Pourquoi vivent-ils de la sorte ? Quel intérêt, quel 
dogme, quel idéal les pousse ? Ce n'est pas le 
goût du lucre : s'ils vendent fort cher leurs tapis 
et leurs lainages, il ne semble pas que 
leur confort en soit augmenté et leur 
existence élargie. Hygiène ? Ils habitent 
un local sordide et ramassent sur leurs 
pieds nus, sur leurs jambes, toute la 
boue du quartier. Culte passionné de la 
beauté ? Ils devraient vivre dans l'air 
transparent de l'Orient, dans la lumière 
éternelle, au bord de la mer couleur de 
violette : ils ont choisi, pour prêcher la 
beauté antique, le coin de Paris le plus 
bourgeois, le plus Louis-Philippe, le 
plus province qui soit, à deux pas du 
jardin de Balzac, une rue étroite sans 
cesse ébranlée du tonnerre des autobus. 
Alors, pourquoi ? nul ne le sait, et 



2 J 7 




eux pas plus que les autres. 
Je me suis souvent 
demandé quelles pouvaient 
être leurs impressions, à se 
sentir toujours l'objet de la 
curiosité universelle. Contre 
les vitres de leur atelier, la 
foule s'écrase, du matin au 
soir. Ces pauvres gens ne 
peuvent faire un mouve- 
ment, sans provoquer des 
commentaires. Ils ne pour- 
raient se moucher sans que les badauds s'intéressassent au 
geste, mais, au fond, se mouchent-ils jamais ? 

S'adressent-ils jamais la parole entre eux : on ne peut 
supposer qu'ils parlent français, qu'ils parlent de choses 
banales, que 
la vie exté- 
rieure ait 
sur eux une 
répercussion 
quelconque. 
Nul ne les a 
vus lire un 
journal et la 
seule litté- 
rature qui 
paraisse les 
intéresser est 
celle qu'ils 
produisent, 




2 38 




laquelle est étrangement loin 
de la vie. Ils publient des 
brochures de propagande, 
d'un rythme incertain, et 
groupent un auditoire fer- 
vent autour de la chaire où 
le maître expose la Doc- 
trine. 

Elle s'exprime en 
formules d'un vague majes- 
tueux, en affiches où les mots 
se coupent suivant des 
lois insoupçonnées, en articles où les majuscules abondent. 
Les disciples, vivante expression du Rêve de Beauté, 
filent la laine sur des rouets primitifs. Des femmes aux attraits 
médiocres, des jeunes gens aux cheveux indomptés circulent 

tout le jour 
dans le quar- 
tier, au milieu 
de l'étonne- 
ment indul- 
gent de la 
foule. 

Ils ont l'air, 
dans le petit 
froid du ma- 
tin, de reve- 
nir du bal des 
Quat'z Arts. 
Ils sont inof- 
nty fensifsetleurs 




209 



enfants demi-nus, la tête couverte d'une épaisse toison, 
rappellent les jolis petits sauvages du Jardin d'Acclimatation. 

Je ne sais si leur propagande réussit, mais leur foi est 
touchante, et, dans les pires circonstances, leurs principes ne 
fléchissent qu'à peine. J'ai vu, cet hiver, par un matin glacial, 
une femme âgée, prêtresse de l'Idéal nouveau. Elle portait 
une jaquette de fourrure, un chapeau, une voilette et d'humbles 
gants de filoselle, mais elle étalait orgueilleusement ses genoux 
et ses jambes nues, que mordait la bise. 

Ainsi les demi-dieux ont froid tout comme nous et les 
mortels ne leur montrent pas tout le respect qu'il faudrait. 

Qui n'a pas vu .Monsieur Raymond Duncan, lui-même, 
vêtu en berger d'Arcadie, sous une pluie battante, essuyer le 
refus injurieux d'un chauffeur de taxi, ignore la mélancolie 
des choses. 

Robert BuRNAND. 





LE DERNIER CARROSSE 



Gazette du Bon Genre. 



N" 8. — Planche 5 j 




DEUIL 



LORSQUE feu M. le duc de Soré tomba malade pour la dernière fois, 
j'ai ouï dire que malgré de vives souffrances, il conserva jusqu'au 
bout la même dignité calme et le même souci des usages. Couché, 
sans force, pouvant à peine s'exprimer, jamais, devant qui que ce fût, il 
ne consentit à paraître autrement que vêtu avec recherche et coiffé 
ainsi qu'à l'ordinaire. Le jour qu'il mourût, son valet de chambre vint 
remplir auprès de lui ses fonctions habituelles ; ensuite on ouvrit les portes 
de sa chambre, ses enfants furent admis à son chevet et, leur ayant fait 
ses adieux, l'âme en repos, il rendit le dernier soupir. 

L'exemple ne manque pas de grandeur et mérite qu'on s'en souvienne. 
Il est rare, il est difficile de donner chaque jour les témoignages d'une 
politesse égale et sûre ; il est plus difficile encore et plus beau de garder 
l'attitude voulue aux heures critiques de l'existence. L'enseignement est là 
pour ceux qui restent, et aussi l'obligation où ils se trouvent de rendre aux 
morts les devoirs qui leur sont dus. 

Ces devoirs, on les connaît, au moins dans leurs grandes lignes, chacun 
s'autorisant de nos jours à les modifier un peu à sa guise. Rien cependant 
de plus contraire aux usages, la règle étant sur ce chapitre fort précise et 
fort stricte. Nous avons en France deux espèces de deuil, le grand et le 
petit, le premier en mémoire des parents, grands-parents, époux, frères et 



241 



sœurs, le second en mémoire des oncles, tantes, cousins germains, oncles à 
la mode de Bretagne et cousins issus de germains. La durée du deuil 
varie suivant le degré de parenté. Pour père et mère, six mois; pour grand-père 
et °rand'mère, quatre mois et demi; pour un mari, un an et six semaines; 
pour une femme, six mois ; pour frère et sœur, deux mois. Telle est la 
coutume, la tradition véritable, et nous sommes loin de compte avec les 
fantaisies auxquelles on nous habitue depuis une trentaine d'années. Pour 
les deuils ordinaires ou petits deuils la durée non plus n'est pas la même : 
trois semaines pour les oncles et tantes, quinze jours pour les cousins 
germains, onze pour les oncles à la mode de Bretagne et huit pour les 
cousins issus de germains. J'ajoute que les grands deuils se partagent en 
trois temps : i° la laine et le crêpe noir; 2° la soie, le taffetas, les pierres 
sombres; 3° le crêpe blanc, les diamants ou les perles. Enfin ces trois 
périodes varient elles-mêmes suivant les cas. Ainsi pour les pères et mères, 
le premier temps dure six semaines, le second six semaines encore, le 
troisième trois mois. Par ailleurs il est bien spécifié qu'une veuve doit se 
consacrer au blanc uni lorsqu'elle touche au terme de son deuil. 





Nulle part il n'est fait mention des enfants. Chez nous l'usage interdisait 
qu'on portât le deuil de ses descendants. Jamais, pour un fils ou petit-fils, 
le Roi ne se mit en violet, et lors de la catastrophe du bazar de la Charité, 
je me rappelle que certains vieillards hésitèrent à se vêtir en noir, tant 
l'ancienne étiquette avait encore d'influence. De même il n'était point de 
mise que sur les faire-part figurassent au grand complet les membres de la 
famille — on ne citait que les proches — ni que les femmes assistassent 
aux cérémonies à l'église. Sur ces deux points la coutume persiste. En 1912, 
il n'y eut que des hommes aux funérailles de la duchesse de Cars. Une 
messe fut dite pour les femmes à la chapelle des catéchismes. Il est vrai 
que, depuis, l'étiquette a perdu de sa rigueur et qu'à l'enterrement Dufort- 
Civrac, ainsi qu'à beaucoup d'autres, l'élément féminin ne laissa pas d'être 
fort nombreux. Je gagerais néanmoins qu'une dame de la société comme la 
marquise de Lévis-Mirepoix n'a jamais, de son existence, été présente à 
une cérémonie où figurât le corps du défunt. 

Messes des morts, messes de bout de l'an, messes pour le repos des 
âmes, la guerre sur ce chapitre ne nous a rien épargné. Nous avons eu 





même une messe glorieuse, dite pour François de Mortemart, prince de 
Tonnay- Charente, lequel, avant de mourir, s'était battu courageusement. 
Ce jour-là, les suisses revêtirent leurs habits les plus éclatants, l'église fut 
ornée de draperies fastueuses et les choeurs entonnèrent des chants d'allé- 
gresse. Il ne s'agissait point de verser des pleurs, mais de glorifier un héros. 

Peu à peu, cependant, il semble que les choses tendent vers plus de 
discrétion et de simplicité. L'impératrice Eugénie n'avait-elle point demandé 
qu'on n'apportât sur son cercueil ni fleurs ni couronnes ? L'on respecta ce 
vœu; mais, à défaut de couronnes, S. M. Alphonse XIII ordonna qu'on 
lui rendît les honneurs dus aux souverains. Députés de la Grandesse, de la 
Noblesse et du Clergé, courriers royaux à cheval et tète découverte, 
précédant fifres et cymbaliers, moines de toutes les confréries tenant en 
mains des flambeaux de cire vierge allumés, accompagnèrent la dépouille 
mortelle, cependant que de minute en minute retentissaient les salves 
d'artillerie. 

Le soir d'un enterrement du même genre qui eut lieu à Saint-Denis, le 
dernier, — - je veux parler des funérailles de Louis XVIII — Charles X 
fit venir le grand maître des cérémonies et daigna le complimenter. Celui-ci 
prit un air modeste : "Sire, dit-il, nous tâcherons de mieux faire la 
prochaine fois." A quoi, souriant et bonhomme, le monarque répondit : 
"C'est bien, c'est très bien; mais ne vous pressez pas." 

Roger BOUTET DE M.ONVEL. 




M4 






INSPIRATIONS ET REFLETS 

LA femme — son sein a la forme d'une coupe, d'un dôme ; 
évoque, avec eux, l'idée de joie et d'orgueilleuse 
splendeur... La ligne de l'amphore, qui résume tout un 
ordre de beauté et d'harmonie où entrent la courbe baignée 
des rivages, la croupe onduleuse des monts et les sinuosités 
douces des longs fleuves, la ligne de l'amphore et celle de 
sa hanche c'est la même ligne. 



245 






LES senteurs, haleine suave ou profonde de la nature, elle 
les porte... Joyeuse, elle porte dans sa chevelure l'arôme 
des forêts, et, pour peu qu'on s'y enfonce, leur nuit, leur 
vaste goût de sève, de bête, de terre. Les places de son 
corps sentent les plantes chaudes des serres, l'exotisme, les 
là-bas vers quoi l'on vogue, près d'elle, yeux fermés et 
narines gonflées comme des voiles, sur un navire immobile 
qui se nomme : lit. 



246 









ARRACHANT les couleurs autour d'elle comme on cueille les 
fleurs d'un parterre, elle les met dans ses habillements 
divins pour rappeler tour à tour les paysages colorés des patries 
baignées de lumière, les teintes des jardins septentrionaux, et 
les tons émouvants de toutes les moissons de la terre. Les 
formes les plus belles, les plus doux spectacles, elle prend là 
un reflet, ici une inspiration, et porte en elle un rappel 
de toutes les manifestations de l'universelle beauté ! 



*A7 






CAR « elle n'est pas la beauté du monde et tout ce qui 
l'approche ne s'orne pas des reflets de sa grâce » mais c est 
elle, au contraire, qui est le reflet de la beauté du monde. 
C'est en elle que la Nature (comme jadis la Divinité en un 
Homme) a mis toutes ses joies, pour qu'elle les porte, vivant 
symbole, comme une amphore, une corbeille et une coupe... 
— Qu'avez-vous bu ce soir?... et d'où vous vient, mon 
cher, ce lyrisme inattendu. Célio. 



DÉFENSE DE LA MODE 

V^onlérence prononcée par JVL. Paul POIRET ati iSalon cl Automne 

® 

AI intitulé cette conférence « Défense de la Mode ». 

J'ai entendu, en entrant, des personnes dire en lisant le prospectus: 
« La mode a donc besoin d'être défendue ? contre qui ? » 

Je leur répondrai : « Il faut la défendre contre tous ceux qui la tournent en 
ridicule parce qu'ils la redoutent, contre tous ceux qui l'ignorent ou plutôt qui 
la méconnaissent, contre tous ceux qui lui en veulent parce qu'ils la désirent. » 

Ils sont nombreux ceux qui se moquent de l'élégance et de la mode. 

Je ne parle pas seulement des terrassiers occupés à rechercher une 
fuite de gaz, et qui, du fond de leur tranchée, plaisantent ou insultent la 
Parisienne qui patauge dans la boue de Lutèce, soit qu'elle porte une jupe 
longue, soit qu'elle porte une jupe courte, soit qu'elle porte une jupe large 
ou une jupe entravée. Tout est matière à sarcasmes à Paris. 

Mais je parle des ignorants et en particulier des promeneurs oisifs du 
Dimanche qui, en quête d'un sujet de conversation, déclarent : «Regardez-moi 
ça, quel carnaval ! » ou bien : « Nous ne sommes pourtant pas au Mardi gras ! », 
ou bien encore : « Si ça n'est pas une honte, cela devrait être défendu I » 

C'est sous ces formes lapidaires que pleut l'opinion publique, ou du 
moins l'opinion populaire. 

Il faut bien répondre à ces gens-là et leur dire qu'il n'y a pas de carnaval, 
ou, si vous préférez, que tout est carnaval. Ce qui était un vêtement usuel 
en i83o est un déguisement aujourd'hui; un monsieur de 60 ans n'oserait 
pas porter aujourd'hui l'habit qu'il portait à 20 ans, et quant au veston que 
vous portez maintenant, Messieurs, si banal qu'il paraisse il sera lui-même 
un déguisement dans quelques années et non des moindres. Est-ce que cela 
signifie qu'il est ridicule ? Il le paraîtra pourtant. 

Si nous avions la chance de voir défiler aujourd'hui les robes qui seront 
à la mode dans 20 ans, elles soulèveraient des rires et des protestations, 
car il y a toujours des ignorants et des sectaires persuadés qu'ils représentent 
la formule durable et définitive de ce qu'il faut être ou paraître. A ceux-là 
ce qui est nouveau paraît aussi préparé que ce qui est désuet ; en un mot ils 
sont arrêtés dans le présent qui est déjà le passé, tandis que la mode, par 
définition, bouge et marche sans cesse ; c'est une vieille personne encore 
jolie, toujours jeune, remuante, bavarde et un peu folle (puisqu'elle est 
toujours jeune). Elle va partout et mène grand train, se fait remarquer et 
passe cavalièrement devant les sarcasmes du vulgaire. Beaucoup qui 



T^îSte^ 



Supplément du N° 8 de la " Gazelle du Bon Genre ". 



cherchaient à lui échapper sont séduits par sa faconde irrésistible et finissent 
toujours par lui donner raison. D'ailleurs les gens les plus intelligents et 
les plus graves, s'ils ne lui portent pas grand intérêt, tolèrent néanmoins 
son jacassement, sans manifester ni étonnement ni fatigue. C'est elle-même 
qui témoigne la première de 1 ennui : elle change de conversation par une 
capricieuse insouciance, profite de la moindre question pour faire dévier 
les propos et à chaque instant déconcerte l'auditoire. 

Du reste, elle ne se fait pas faute de se répéter, mais, le plus souvent, elle 
se contredit car elle change d'avis comme de chemise, et cela ne tire pas à 
conséquence. 

Il ne faut pas lui en vouloir, au contraire, il faut l'aimer dans tous ses 
excès et lui passer toutes ses fantaisies comme à une vieille parente un peu 
timbrée mais si gaie, et qui serait en même temps une de nos vieilles gloires 
nationales, car il ne faut pas oublier qu'à toutes les époques de notre 
histoire elle a chanté son couplet ou dit un mot qui est resté. 

Aussi, aimez-la, respectez-la, et songez qu'elle est une vieille dame 
très charitable, et qu'elle fait vivre 760.000 personnes en France. 

Si elle déraisonne, si elle a sa crise, laissez-la, cela ne dure pas ou 
plutôt ça dure si longtemps qu'on ne s'en aperçoit plus. 

Mais, surtout, ne craignez pas ses coups de tête ou ses moments de 
folie, ils ne sont jamais dangereux parce qu'ils sont vite passés. Elle est 
comme ces locomotives haut-le-pied qu'on rencontre seules sur les rails. On 
les croirait toujours égarées, affolées, mais elles savent où elles vont, et, 
quand elles bifurquent, c'est pour mieux arriver. 

Laissons avec confiance la mode changer de rail et dérailler même quand 
cela lui plaît. Cela doit être si bon pour une machine. Elle se fatiguera 
elle-même de son escapade et vous reviendra changée, mais au fond pareille. 

Tout ce qu'elle crée, tout ce qu'elle invente étant par nature inconstant 
il n'y a jamais à craindre que cela devienne un danger moral, une calamité 
publique, comme affectent de le croire ses détracteurs. Et voilà pour ceux 
qui la redoutent. 

Il reste les indifférents qui affectent de la mépriser. 

Il est clair qu'ils ne peuvent pas l'ignorer complètement. Ils entendent 
toujours parler d'elle et c'est encore un effet de son charme puissant que 
même ceux qui ne sont pas enclins à la fréquenter soient obligés de la 
connaître et de subir ses lois envers et contre tout. 

Il faut toujours lui céder. Je crois que c'est cela qui les met en rage, 
et qui fait qu'ils lui en veulent. 

Cet excellent fonctionnaire a vitupéré contre les jupes courtes qui 



"■ ^^" f T"- — — ^ 

symbolisaient à ses yeux l'esprit garçonnier et indépendant. Il sera puni 
dans la personne de sa femme, l'éternelle démodée, qui portera les mêmes 
jupes courtes dix ans après que tout le monde y aura renoncé. 

Il y a de même des gens qui ne se décident à sortir leur chapeau de 
paille qu'au moment précis où on les range, parce que pendant six mois ils 
hésitaient. Or, il faut saisir la mode comme l'occasion, au cheveu, quand 
elle passe, ou sinon elle se venge cruellement. 

Il y a des gens qui la désirent si longtemps qu'elle est déjà fanée 
quand ils l'approchent. Ils hésitaient d'abord, par peur de l'originalité, et 
ils ont dû attendre qu'elle fût dans les mains de tous. 

C'est que les gens, et particulièrement les gens distingués, ont horreur de 
se distinguer. Ils confondent le bon ton avec la banalité, la bonne éducation 
avec l'effacement volontaire et la perte de toute personnalité. 

J'ai été présenté dans ma vie à une quantité considérable de gens, 
eh bien, je regrette, mais je n'en reconnais pas la moitié. C'est que, me 
direz-vous, vous n'êtes pas physionomiste ; peut-être, mais je crois, plutôt, 
que c'est eux qui n'ont pas de physionomie. En effet, deux yeux, un nez et 
une bouche cela fait une figure, mais non pas une physionomie et tout le 
monde a une figure, c'est pourquoi on ne peut reconnaître personne. La 
Providence y avait paré en nous donnant un moyen de nous singulariser, de 
nous originaliser : c'est les moustaches et la barbe que nous avions le droit 
de tailler à notre guise pour nous reconnaître entre nous ; il est évident que 
ça ne peut servir qu'à cela. Eh bien, la plupart du temps on n'en veut pas, 
il y a très peu de gens qui osent employer ce moyen distinctif; on se rase 
par esprit d'imitation et d'uniformité^ et ceux qui osent conserver leur barbe 
adoptent à la même époque et dans le même monde des combinaisons 
classiques et cataloguées qui, au lieu de permettre de les distinguer, facilitent 
la confusion. Non, voyez-vous, il y a chez les gens, et particulièrement 
chez nous, une peur affreuse de ne pas être conforme au modèle du voisin] 
c'est ce qui fait qu'on redoute tant la mode quand elle arrive, mais, par un 
juste retour, c'est ce qui fait qu'on l'épouse avec aveuglement peu de 
temps après. 

J'ai pour chemisier un grand faiseur que j'ai prié, dernièrement, de 
m' apporter un choix de cravates. Il est venu avec des tissus noir, bleu- 
marine, grenat qui avaient des pois minuscules, tellement, tellement 
distingués, et des rayures si judicieusement mesurées, que je n'ai rien choisi 
du tout; et, je lui disais : « Vous voulez donc que je m'habille comme un 
agent de change ? » Car les agents de change, vous l'avez remarqué comme 
moi, ou les quarts d'agents de change sont des gens qui s'habillent sobrement 



mais sombrement; ils portent des cravates sombres, des vestons noirs 
identiques sur des pantalons sombres rayés selon un rite prévu, un codex 
à eux. Les pois et les rayures sont les pôles de leur fantaisie vestimentaire 
et leur distinction professionnelle empêche ces Messieurs de se distinguer 
dans leur corporation. Toute initiative de ce genre les compromettrait dans 
l'esprit de leurs collègues. 

La mode qui est sensitive, frémissante, susceptible, émotive et délicate 
doit être défendue contre l'indifférence mortelle de Messieurs les Agents de 
change et leurs semblables. 

Et, enfin, il faut la défendre contre ceux qui l'injurient, car il y a des 
jaloux qui ne se consolent pas de la sentir inaccessible. Ils devraient 
comprendre qu'elle est par nature aristocratique et, par caractère, un peu 
distante. C'est sa coquetterie de ne se laisser approcher que par un petit 
nombre d'adorateurs et de retarder le moment où elle se livre à la foule. 
Il convient qu'elle soit le privilège d'une élite. Les prix élevés de ses 
broderies et de ses fourrures précieuses la défendent contre la vulgarisation. 
Elle excite donc l'envie et provoque les mécontents. Elle soulève les 
réactionnaires qu'elle déconcerte périodiquement. Plusieurs fois par an, 
elle les dépiste et les joue en ricanant. Or, vous les connaissez, ils ne 
peuvent pas supporter cela. 

Dans chacun de ses traits, ils trouvent matière à se plaindre et son 
imagination jamais épuisée les exaspère. Ils lancent l'anathème et gigotent 
dans le bénitier de la bonne société. 

Il n'y a pas de mode qui n'ait causé à sa naissance, comme dit 
Beaumarchais, un toile général, un chorus universel de haine et de 
proscription. Toute tendance nouvelle inspire l'inquiétude et provoque la 
répression. L'esprit d'habitude s'indigne et se révolte. Il invoque l'usage. 
Il en appelle aux traditions. 

Avez-vous mis dans votre escalier un tapis d'une nuance imprévue ? 
On vous décore du nom de votre pire ennemi. 

Avez-vous secoué la poussière du passé ? On vous accuse de ruiner le 
patrimoine français et de renier la gloire de votre patrie. 

Comme si la vraie tradition française n'était pas précisément la 
fantaisie dans ce qu'elle a de plus excessif, de plus délirant, de plus 
spontané et de plus généreusement jaillissant. 

Mais, je m'aperçois que je parle beaucoup pour dire ce que vous 
pensez tous, et je dois me rappeler que vous êtes venus pour vous amuser. 
Je m'en vais. 

Paul POIRET. 




POUR BERCER 

VOTRE AMIE 
AYANT 

LE CŒUR 

EN PEINE . t; > 




L y a des instants qu'une jolie femme cesse de se plaire. 
Indifférente à la musique des couleurs et des lignes, elle 
soupire (ô tendre sein!) et le songe de la vie n'a plus de 
charme. C'est le plus souvent quand elle n'aime plus, ou 
c'est quand elle n'aime pas encore. Ainsi, l'autre matin, mon 
amie; et sage comme elle est, je veux dire intelligente, elle 
n'a pas accusé le temps sombre, mais sa propre misère, 



son humeur et son 

— Vous met 
robe où le noir 
pareille à une eau 
vous aurez salué 
roirs, il ne sera 
rien. Et même 

— Oh ! fit- 
de bouderie, 
plairait et me 
jours si petite 
plus rien que je 
ne sois pour 




guignon. 

trez, lui dis-je, une 
joue sous le vert, 
triste. Lorsque 
deux ou trois mi- 
plus question de 
vous rirez, 
elle, avec un air 
quelle robe me 
verrez-vous tou- 
fille ? Il n'y a 
n'aie, et dont je 
tant lasse. Vous 



249 



comprenez que c'est comme si je n'avais rien. 

Et moi : 

— Voilà des sentiments, un jour qu'il 
fera gris, que vous devrez porter sur l'or- 
gueilleuse tombe de Chateaubriand (c'est 
non loin de Dinard), avec un bou- 
quet. JMais aussi vous m'étonnez. 
Car je comprends que nos mères 
fussent de temps à autre fatiguées 
de leur costume, trop uniforme. Je 
me souviens que, petit garçon, il 
fallut une année que les dames portassent une 

jaquette beige, à 





boutons de nacre : 
là-dessus une pe- 
tite capote en 
violettes. Une 
que vous eussiez 

vue, vous les aviez vues toutes, ou 
c'est du moins ce que nous nous 
figurons, à travers la brume du sou- 
venir. Mais vous, nos contemporai- 
nes? Ah! ne soyez pas ingrate. Vous 
n'avez qu'à trouver, comme les poè- 
tes. Il vous suffit de vous connaître, 
et d'inventer ce qu'il vous faut; ce 
qui convient à la courbe de votre 
visage, à la nuance de votre teint, aux grâces, 
comme elles sont, de votre corps, soit qu'il ait 
forme quasi de déesse soit qu'il veuille plier 
comme une tige. Les belles filles que Maupassant 



s5o 



aimait, à taille fine et beau corset, ont été détrônées par des 
princesses nées dans l'esprit de Gabriel Rossetti. Puis nous 
avons permis à la beauté de régner, quel que fût son type, 
mais à son degré de perfection. 

Goûtez donc votre bonheur ! Sachez donc vous ingénier ! 
La jeune femme que le gazon de Chantilly verrait sous le 
chapeau haut de forme, paille ou castor, de la country girl, 
dans le tableau de Reynolds, croyez-vous pas que nous 
l'adorerions ? Elle aurait le visage assez plein, un air de gaîté, 
des roses naturelles à ses joues qui ne seraient pas si pâles, 
ce n'est plus ce qui nous eifarouche. Et 
la dame qui, dans la salle d'un château, 
ferait admirer, avec de bouffantes 
mousselines, un cor- 
sage rond sur la gorge, 
et, sur la taille en 
pointe, la manche à mi-bras ? 

— Moi, je suis mince... 

— Et le visage : une 
rose froissée. Comme une 
femme, je sais (puisque 
vous y tenez) qui aurait 
quitté sa fresque du quat- 
trocento pour les préaux 
du lieutenant Hébert. Et 
que ne portez-vous donc 
le chaperon qu'on voit à 
l'un des archanges accom- 
pagnant Tobie, turban 
rebrodé où disparaîtrait ce 
flot de vos cheveux ? Que 







•ptt-a 



ne posez-vous sur ce même or le bonnet à deux 
pièces de la Simonetta (dont vous n'avez pas le 
long nez) en l'égayant à plaisir d'une branchette 
fleurie, ou d'un rameau, pour ressembler à quelque 
Minerve de la première Renaissance, 
1 l'œil troublé? Que ne faites-vous des- 
1 | cendre sur une jupe de châtelaine des 

| manches carrées, une traîne de gaze ? 
\ f. Ou bien que ne désirez-vous une robe 

|v x? iilas, avec des bijoux verts, et toute 

)1$^ëppo*V% godronnée, celle que je vois à la prin- 
cesse de mon en- 



8 o . 

f ! • 



•c 


Mi 


V 1 


i /• 

. ? 

• u 

1 

1 


J 


r 

\ i 

II 



fance, qui fut obli- 
gée de coucher 
dans le lit d'un chevalier? 
Mais, loyal serviteur, il mit 
entre sa Dame et lui son 
épée. Je le ferais aussi, 
pour vous voir dormir. 

Eugène Marsan. 





•?tt-a. 



2Ô2 




" JAMAIS PRETES! " 

ou 

LE PREMIER ACTE SACRIF 

Robes de chez soi, de Becter e6 fils 



Gazette Pu Bon Genre. — iV° S. 



Planche s8 




L'HISTOIRE DES FAVORIS 



Quoique les " élégants " Parisiens (étant satisfaits de porter la barbe, 
la moustache, ou d'être tous rasés,) n'ont pas envie de se faire pousser 
des favoris, à Londres quelques jeunes hommes chic ont eu l'idée de 
ressusciter la mode d'autrefois. Naturellement, ces arbitres né sont pas des 
officiers de terre ; car bien que les favoris soient admis dans la marine royale, 
ils sont tabou dans l'armée. En effet, le téméraire lieutenant qui offenserait 
l'opinion régimentaire serait obligé de passer devant un soi-disant conseil de 
guerre convoqué par ses camarades ■ — et avec un résultat toujours désagréable 
pour le délinquant. En général, les dandieà qui cherchent à dicter le faàhion 
ne sont que des personnes qui ont des cerveaux médiocres, trop de loisirs, 
et, peut-être, trop d'argent... "Il faut que je m'intéresse à quelque chose," 
a dit récemment un de ces enfants gâtés; "je déterrerai donc les favoris de 
mon bisaïeul et je serai remarqué par tout le monde... " C'est vrai qu'il est 
remarqué ; mais tout le monde se moque de lui. . 

Par conséquent, il n'y a qu'une petite coterie londonienne qui décore 
ses jeunes joues. Les autres considèrent les favoris comme un ornement bien 
superflu — et pas très joli... A Paris la jeunesse dorée préfère de raser 
ses joues... 



2 53 



" COUPEZ VOTRE LIERRE " 

Et quelle est l'histoire de cet embellissement hérissé, dont les 
jeunes Parisiens élégants se méfient ? Quelle est l'origine de ce 
bouquet de poils? Hélas! ses premiers jours sont perdus dans 
les brouillards de l'antiquité. Selon les Anglais, il n'y a rien sous 
le soleil brillant qui ne se retrouve dans la Bible ou dans les 
comédies de Shakespeare; mais les archives du passé ne nous 
donnent aucun renseignement. Ce qui est certain, c'est que sous 
Napoléon I" les favoris florissaient; à cette époque il était de 
mode de les avoir tout courts, pas plus longs que le petit doigt. 
Plus tard, ils commençaient à couvrir la figure comme le lierre 
cache un mur. Vers 1840, en Angleterre, une grosse paire de favoris 
à la côtelette de mouton était considérée comme preuve de la 
respectabilité : ils étaient l'orgueil d'un bon père de famille et des 
prêtres anglicans. Les officiers des régiments de la Garde étaient 
fiers de leurs appendices, auxquels le grand Dorsay avait donné 
son cachet spécial. Cependant les gamins et les personnes vulgaires 
manquaient de respect pour la côtelette de poil. Ils avaient même 
la mauvaise habitude de crier : "Coupez votre lierre, Monsieur," 
quand ils voyaient des favoris de nobles proportions. Les 
imperturbables fashionables, calmes et flegmatiques, ne disaient 
rien; ils continuaientleurpromenade en caressant les wbukerj adores. 

Tenez; il y eut une exception. Le jour où la belle comtesse 

Blessington dé- 
clara être éprise 
du beau Dorsay, 
le fameux protec- 
teur des modes 
masculines se 
permit de ré- 
pondre à un 
individu qui 
avait oublié de 
se débarbouil- 
ler, et qui lui 
adressait le 
conseil courant : 
"Monbonhomme, 







7S4 





aussitôt que vous aurez lavé vos mains je vous accorderai l'honneur 
de faire disparaître mon lierre. " Ajoutons que ce prince des 
arbitres, sur le point de mourir dans la misère, s'enorgueil- 
lissait de ses volumineux trésors. " Mon cher Dorsay ", lui 
demandait un fidèle compagnon, " comment se trouve-t-il que 
vous soyez dans si pitoyable état ? Votre belle fortune, que devient- 
elle? " — "Ma fortune, cher ami? Le jeu l'a mangée. Mais un 
homme chic n'a pas tout perdu quand il lui reste des favoris sans 
pareils. " Quel brave esprit... 

Avant que Dorsay illuminât l'horizon des élégances, ce fut 
" Beau " Brummel, aventurier très protégé de George IV d'An- 
gleterre, qui approuva les favoris, les siens étant couleur de 
sable, et bien minces. George, qui était fort jaloux de " Beau ", le 
bannit de la cour, et le pauvre exilé passa ses derniers jours à 
Caen, ' où il était consul britannique. Comme Dorsay, dans 
son malheur il se consolait avec ses poils rouges. 

LES FAVORIS D'OFFENBACH 

Vingt ans plus tard, celui qui pouvait montrer au monde 
admiratif les favoris les plus longs était un centre d'attraction. Il 
était au mieux avec les femmes... " Ce jeune vicomte, qu'il est 
beau!" — "Comment dites-vous? 11 est pâle comme la farine; 
son nez est trop retroussé; et il se courbe horriblement! Vrai- 
ment vous ne 
voyez pas très 
clair, ma chère." 
— " Oh, mais 
ses favoris, si 
fins, si longs — 
presque un demi- 
mètre ! Il n'en 
existe pas de 
pareils... "Même 
les clubmen fai- 
saient de la 
réclame pour 
l'heureuxporteur 
decesappendices L [ ! — . / — \ — 




2 55 



qui ressemblaient à l'aileron du requin, et qui, par leur longueur, enlaidis- 
saient leur fier propriétaire — pendant qu'ils volaient au vent... " Est-ce 
qu'on l'admettra comme membre du Cercle? " ■ — " Mais, sans doute. Avec 
les plus jolis favoris de Paris, il n'a qu'à le demander au comité pour 
être nommé. C'est sûr... 

Qui a eu l'honneur d'introduire en France ce séduisant embellissement ? 
Quelques gentilshommes de bon ton se sont attribué cette distinction. Mais 
c'est Offenbach, le compositeur prolifique, qui fut un des premiers à faire 
parade de favoris immenses et pointus dans les rues de la ville où sa musique 
étincelante faisait fureur. Tout le monde se rappelle les airs gais d'Offenbach; 
et tout le monde a oublié l'autre agrément du séduisant Viennois. 

LES FAVORIS A LA VIRGULE INVERTIE 

Aujourd'hui, on vo'it les favoris courts et modestes en Espagne, étant 
favorisés par les grands de Madrid et de Séville. Dans le pays des toreroà 
rien ne change. Le dicton national est " manana "; la mode est celle d'hier et 
d'avant-hiera<3 injîniluin, caries petits favoris noirs restent toujours les mêmes. 
Les autres races continentales ont été moins partisans des " poils de 
figure ": un pouce, deux pouces, deux pouces et demi... Les Hindous aiment 
bien des grands ornements buissonneux et bouclés, qui leur viennent de 
leurs aïeux... L'Afghan, au contraire, se contente d'une modeste collection 
de poils qui rappellent une virgule invertie. 

Le Parisien qui a envie de lancer une mode nouvelle n'a qu'à suivre 
l'Afghan. Je suis convaincu qu'il ferait sensation dans les dancuigà... 

Capitaine George CECIL. 








fô 



lobe-manteau, de Paul Poireé 



JV° S de la Gazette 



Planche ycj 




Vite ! 



une 



Eck 



ar 




-^5g££^ ÉPHISE s'en va-t-elle au bal, à l'Opéra, dîner 
en ville, elle s'avise qu'elle est nue. Vite, une 
écharpe, et la voilà décente. Au moins pour 
quitter de chez elle ; car, à la réflexion, — dans 
la voiture ou au vestiaire, n'est-ce pas? — il sera 

grand temps de changer d'avis. Caries robes 

de nos madames, c'est comme la culotte à 

Gros- Jean : suffit qu'elle ait poche et 

ceinture, le fond peut bâiller, il n'importe. 

Pour les robes, un demi-panier, et deux 

ronflonflons ; et deux rubans pour le corsage. 

" Et vous n'aurez pas froid, si peu vêtue? " 

Mais l'autre, comme cette charmante 

Pauline Borghèse qui posait sans voile chez 

s5y 






Canova : " Quoi donc ? n'est-ce pas 
chauffé ? " 

D'ailleurs, elle a son écharpe. 
L'écharpe n'est qu'un ornement; 
mais cet ornement sert à tout. Coiffure 
pour l'auto, châle contre les courants 
d'air, tour de cou, ceinture, bonnet — 
blouse au besoin ; et quel jeu 
ravissant, du bout des doigts, 
avec le gland qui la termine, 
tandis que, dans l'indécision, 
Glycère écoute, l'œil baissé, 
dans une embrasure, les 
tendres propos 
d'un ami pres- 
sant ! Car les dames ont bien de la chance, qui 
ont toujours pour occuper leurs mains oisives, 
un mouchoir ou un éventail, un sac, un carnet 
de bal, un bouquet, ou le bout 
d'une écharpe... Au lieu que 
nous, que faire de nos mains 
inutiles, sauf à les mettre dans 
nos poches? 

. . . Phillis, qui lit par dessus 
mon épaule, hausse les siennes, 
et trouve oiseux ce bavardage : 
" D'abord, vous n'y entendez 
rien, mon pauvre Nicolas. Et 
si vous croyez que vos lectrices 
seront bien avancées, après 
vous avoir lu..." — " Voulez- 



2 58 







Elle sera large, 

longue, et d'une par 

nouée autour de la 

ront flotter sur les 

du cou, un pan vous recouvrant la tête. 

Ou bien on se la jettera sur les épaules, à 

la façon d'un châle. On la choisira dans 

les tissus les plus divers, la soie, le tulle, 

la mousseline, le velours ou la laine, en 

fourrure ou en effilés. 

" Elle sera lamée d'or ou d'argent, bro- 
chée, unie, peinte ou 
brodée de perles, d'oi- 
seaux, de fleurs, de 
personnages, garnie de 
singe ou de plumes 
d'autruche, terminée de 
pompons et de glands. 
On la voudra en har- 
monie avec la robe et la 
coiffure, ou bien toute 
blanche — ou dans les 



vous ma place, 
Phillis ? qu'y diriez- 
vous, je vous prie?" 
— Je n'irais pas 
par quatre chemins, 
Nicolas. Je dirais 
simplement ceci : 
" Cette année, on 
portera l'écharpe. 
sinueuse, à grands plis, 
souplesse, telle que, 
, les extrémités en pour- 
bras, s'enrouler même autour 



v\ 



^ 




tons les plus nouveaux : soufre, citron, vert poison, rouille 
ou cornaline. Klle sera bonne pour la ville et la soirée, le bal, 
la promenade et la ruelle, pour l'intérieur ou le grand air. 
Enfin on s'en servira comme bon semblera, pourvu qu'on s'en 
serve. Ainsi le veut la mode. Un point." 

— C'est tout, Phillis? 

Mais Phillis, occupée à sertir ses ongles, ne répondit 
qu'un peu plus tard à ma question. 

— Bien sûr, c'est tout, dit-elle. 
Puis : 

— C'est étonnant comme les hommes montrent peu 
d'imagination, quand il s'agit de choses sérieuses. 

Nicolas BONNECHOSE. 





ENFIN ! QJJ'AVEZ-VÔUS. CHÈRE AMIE ?.-.. 



LES NERFS 

vote de diluera, de TVorl.l 



N° S de la Gazelle 



Planche 60 




@ 



LE MIROIR OVALE 

Rote du soir, Je Béer 



iT S de la Gazette 



Planche 6j 




LA COIFFURE ESPAGNOLE 

Rote du soir, de IDœuillefc 



Gazelle du Bon Genre. — N° 8. 



Planche 62 




» 



"IL N'A PAS PLEURE" 



NOTRE DEFENSEUR DE DEMAIN 

Robe de style et robe de fcaptème, de Jeanne Lairvin 
N' S de la Gazette Planche <f 3 



LA M PAS, BROCARTS 

ET 

OCATELLES 

DESSINÉS PAR 
RAOUL DUFY 
EXÉCUTÉS PAR 
BIANCHINI 
ET FÉRIER 

®**& + ++ + $<*© 



Gazette du Bon Genre. — N" 8. Planchée de XXXVII a XL 




LE T 



Toile de Tournon 




iNGCHAMJ 



» 



n^gn^n^^. 



,yp *. - pi m j„ xxxrn 




PEGASE 



irocart 



Gazelle du Bon Genre. 



N" ,V. — Planche XXX FI II 




LES FRUITS 

Broca telle 



Gazelle du Bon Genre, 



N° v. — Planche XXXIX 




Gazelle du Bon Genre, 



V° 8. — PLancl.r \ !. 




Toile Je Tournon 



PI. 56. — Robe d' après-midi en " Kaôba " et en " Djer<sador d'Ispahal " , tissus de Rodier. 
Le col et les manchettes sont en " Pelissa ", imitation de fourrure en soie végétale 

PI. Sj. — Le dernier Carrosse. 

PI. 58. — Une robe de " chez soi " en velours " chiffon " garnie de broderie de laine 
dite " Ghiorde " . Et une robe de repos en velours " chiffon " . — Modèles de Becker et fils. 

PI. 59. — Voici, de Paul Poiret, une robe en velours frappé marron et or ; fourrure de 
panthère. Le manteau est en peluche couleur marron, avec une ceinture de cuir marron et or. 



PI. 60. — Cette robe de dîners, de W^orlh, est composée d'un fourreau de salin noir bordé de 
ruban bleu " Nattier " et voilé de tulle noir. La ceinture est de roses dégradées piquées sur un 



PI. 61 . — De Béer, une robe du soir en velours noir, garnie de diamant et de jais, sur un 
fond de lamé d'argent. 

+ 

PL 62. — Robe du soir, de Dœuillet, en velours noir. Les pans sont doublés d'argent. Une 
sorte de pompon en plumes d'autruche, a hauteur de la ceinture, tombe Sur le côté. 

PI. 63. — Une robe de style tout en tulle brodé de petits dessins d'argent. A la ceinture, 
une cocarde de petites roses d'où s'échappe un flot de ruban rose qui dépasse un peu le bas de la 
jupe. Cette robe, de Jeanne Lanvin, fut portée a l'Olympia, par Mme René,Fauchois. 

Planches de xxxvn à xl. — Etoffée d'ameublement dessinées par Raoul Dufy et exécutées 
par Biancbini et Ferler : Planche xxxvn. " Longckamp " (brocart). — xxxvm. " Pégase " 
(brocart). — xxxix. * Les Fruits * (brocatelle). — xl. " La Jungle " (lampas). 

Jmp, Studium. Marcel Roltembourg, Gérant. 



p. — 1920 



Revue JMensuelle 



■as 



OŒZseit& &iz^ 





JFB^/OUT§S 

ZtfcieDVOQEL'Direcfèor 




CONDÉ NAST, Publidber 

19 W^edt 44 th. Street 

NEW- YORK U. S. A. 



PARIS 
LES ÉDITIONS LUCIEN VOGEL 



LONDON 
THE FIELD PRESS Ltd. 






GENÈVE 
NAVILLE et C» 



-Les Couturiers cités ci -dessous par 
ordre alpha bétic[ue ont contribué à fonder 
cette V^-azette, ou lui apportent, en outre, 
avec leur collaboration, laide de leurs 
conseils. 

BEER © © 
C H ERUIT 
DOEUILLET 
D O U C E T 

L A N V I N 

PAQUIN 
Paul POIRET 
REDFERN 

© ¥ORTH 



fc*r- -«â^w- 



^tf ~TX.<Fî»f -a.<î ss î>,*'- 



-■^^^«^ _J*Ç,^W« ^t^pïV, .^(^^pK*, ^tc ^p x^, ^^^pYV, .JTIJ^Ïi, .^M^pïV, .^r,^/?*». 



SOMMAIRE DU NUMÉRO 



-M-il-neuI-cent-vingt 3 e J^. 



.nnce 



PRONOSTICS Jean-Louis VAUDOYER. 

Dessin de MARIO SIMON. 

PLUMAGES Nicolas BONNECHOSE. 

Dessins de BENITO. 



GEOGRAPHIE VESTIMENTAIRE Georges-Armand MASSON, 

Dessins de L'HOM. 

...MON ENFANT, MA SŒUR... (Horé-lexle) par L'HOM. 

VERSAILLES QUI DORT Marcel DUMINY. 

Dessins de LABOUREUR. 

EN PARTIE DOUBLE Hervé LAUWICKi 

Dessins de ZYG-BRUNNER. 



LES NEIGES (Hor,-texte) , par Maurice LEROY. 

LA MODERNE HÉLOISE OU LETTRES DE DEUX AMANTS 
HABITANS UN VILLAGE AU PIED DES ALPES 
(A L'OCCASION DES SPORTS D'HIVER). . . . Gérard BAUËR. 

Dessins de Marcelle PICHON. 

DE QUELQUES ATTRIBUTS MASCULINS. Roger BOUTET DE MONVEL. 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

" MAITRE... EL RELICARIO ? " (Boié horé-lexle) par SIMÉON. 

A PROPOS DE BOTTES... ET DE GANTS . . . LOUIS LÉON-MARTIN. 

PLANCHES HORS-TEXTE 
LA FEMME A L'ÉVENTAIL. — Robe du éoir, de JVorlh .... par DRIANJ, 
LA PROMENADE A MONTMARTRE. — EmtmbU, de Béer. par Ch. MARTIN 1 ; 
LES EMBARRAS DE PARIS. - Codume tailleur, de Dœuillet. 

par André M ART Y. 
SI. ON RENTRAIT GOUTER! - Tailleur et robe, d'enfant*, de Jeanne Lanvin. ] 
/ par Pierre BRISSAUD. 

K'HEURE DU RENDEZ- VQUS. ^ Alanlecuc d'aprèé-midi, de Paul Poiret. 

par IACOVLEFF. 
UNE SALLE DE BAINS ET DEUX PAGES DE CROQUIS (Quatre 

planchée en lithographie horé-lexle) p ar RUHLMANN. 

LXXl 




Coiffure, par 

EMILE ua 

'24-25, Conduit Street 
LONDON W.i. 



398-400, Rue 

St- Honore 

PARIS 



PRODUITS 
DU D R DY5 



Un sachet du 
D r Dvs dans 
votre ablution, 
matin et soir, 




Agent exclusif : 

DARSY 

54, Faubourg Saint-Honoré 
PARIS 



donnera à votre épi- 
derme , Madame , 
le beau velouté de 
la pêche. 

louted led bonnet) malôonô. 



[H H On sa 
I I | I Amer'u 



sale at ail the most exclusive houses 
'merican addreto : 63o , Fifth Avenue 



in the United Kindom. f 
- NEW-YORK M U 




RÉCOMPENSE DIFFEREE 

Ameublements de Style 

Ckez MERCIER Frère,, 

Tapiàjierd- Décorateur* 

100. Rue du Faubourg Saint-Antoine :: PARIS 




LTnfidèL 



un parium de 



c^Ks 



rarii 




LES FRIMAS DÉDAIGNÉS 



£" W E I L ^ 

PARIS ^ 4, Rue Sainte -Anne, 4 j* PARIS 



* ¥ Z % 



La BOHEM£ 




Lum enivrant 



4 

~4 




DELETTRE2 - VIVAUDOU - ARLY 
i5, Rue Royale, i5 

LONDRES PARIS NEW-YORK 



la Mode 
masculine 



BARCLAY 

Tailor 

fâ &20,J$venu& de {Opéra 
PARIS 






Décoration - Ameutlement 

HORACE TREMBLEY 

Rue des Mathurins, 40. — PARIS VIII' 



I.XXV I I I 







i, Rue de 
la Paix 



(Franc*) £td. 



PARIS 



BIJOUTERIE — ORFÈVRERIE 

LONDRES □ BIARRITZ □ NICE B MONTE-CARLO 




LA VIE N'EST 
PAS TOUJOURS 
DROLE n d d 

UN COLLIER 
"TÉCLA" n n n 
CONSOLE DE 
BIEN DES □ n 
CHOSES n g d 




10 RUE DE LA PAIX 
D D D D PARIS 
7 OLD BOND STREET 
D D D LONDRES 
5 9 8 FIFTH AVENUE 
D D NEW-YORK 




r o r\ o 



t i 



JUSTE Percier, " homme d'un certain âge ", personne ne le 
connaît à Paris. Il y demeure cependant depuis bientôt un 
demi-siècle, et ses parents, ses grands-parents y demeu- 
raient aussi. Les quelques gens qui le fréquentent ont, pour 
lui, à la fois de l'amitié et une sorte de vénération. En prin- 
cipe, il vend, dans le quartier du Temple, du papier peint; et 
il ressemble à un petit notaire pour familles obscures. Mais 
vous l'avez croisé vingt fois sans le remarquer: Juste Percier, 
avec une obstination modeste, suit fidèlement les ventes à 
l'Hôtel et chez Georges Petit ; toutes les expositions, tous 
les concerts, et il connaît les livres d'hier, d'aujourd'hui et 
de demain. 

Juste est le type de l'Amateur, celui qui " ne se pique 
de rien " et qui connaît tout. Ce petit personnage, dont vous 

s6i 



Copyright Novembre ipso by Lucien l r qgéL Paru 



diriez, à le voir, qu'il est expéditionnaire à la Préfecture ou 
scribe dans quelque administration, est cependant l'homme 
qui, depuis plus de vingt ans, a suggéré, préparé, prédit, à 
Paris, toutes les modes de l'esprit et du goût. 

Tout ce qu'un petit groupe de gens " avertis " offre chaque 
année à l'appréciation aveugle et soumise des " snobs ", 
Juste Percier l'aimait, le dégustait avant que personne (ou 
presque) en parlât. 

Vous êtes trop jeune, Madame, pour soupçonner qu'il 
y a eu une époque où les mobiliers n'étaient pas Louis XVI ; 
trop jeune même pour vous souvenir du temps où l'on ne 
trouvait pas chez tous les tapissiers et chez tous les anti- 
quaires des laques de Coromandel et des miniatures 
persanes, des peintures chinoises et des pots coréens. 
Eh bien, j'exagère peu si je dis que, sans l'humble Juste, 
le style Louis XVI en 1890, et l'Extrême-Orient, aux 
environs de 1910, eussent connu de moins retentissantes 
destinées. 

Dans le petit groupe qui l'entoure, les uns sont ses amis, 
les autres ses exploiteurs. Ces exploiteurs (sont-ils une 
douzaine ?), lancent " dans la société parisienne " les goûts 
nouveaux. Ces arbitres prennent leur mot d'ordre dans un 
petit café caché dans l'ombre de Saint-Nicolas-des-Champs, 
où Juste, chaque jour, va boire, avant le dîner, un verre d'un 
certain Madère qui s'appelle, là, le " Madère de Mon- 
sieur Juste ". C'est un Madère excellent. 

Autour de ce Madère, avant la guerre, Juste a parlé 
pour la première fois, un soir de printemps, de Nicolas Pous- 
sin et de Piranèse. Et vous savez, n'est-ce pas, que les " gens 
du monde " font maintenant profession d'aimer Piranèse et 

262 



Nicolas Poussin. Presque en même temps, il célébra les 
beautés délicates et riantes de ces meubles peints que l'on 
fit beaucoup à Venise, lorsque Goldoni et Casanova y 
vivaient. Or, vous n'gnorez point que ces meubles, qui valaient 
jadis cinq ou dix louis dans les petites boutiques sans nom 
de Venise, sont actuellement hors de prix (et généralement 
modernes) dans les palais du Grand-Canal où les fastueux 
antiquaires soudoient ou chagrinent les fantômes. 

De qui parle, en ce moment, Rue Gridaine, le subtil 
Juste Percier? 

Vous saurez avant tout le monde, Madame, que Percier, 
pour l'heure, s'occupe presque seulement de musique. 
D'abord, son vieil amour pour Mozart est en recrudescence. 
Et vous allez assister à un regain de Mozart, n'en doutez pas. 
On va aimer Don Juan', plus que la Tétralogie (si "démodée"); 
et toute la musique de chambre de Mozart va être préférée 
aux quatuors de Beethoven eux-mêmes. Si le quatuor Poulet 
veut faire, pour le " dieu de Salzbourg ", ce que le quatuor 
Capet a si bien fait pour le " titan de Bonn ", la fortune de 
cet excellent quatuor est assurée. 

Mais, cette mode mozartienne, on pouvait à demi la 
deviner, l'an dernier déjà. Juste Percier, sachez-le, égale à 
Mozart le Cimarosa du JHatrlmonio StgretOj et parle, à propos 
de ce musicien, d'un " Ariel latin ". Enfin, l'autre jour, Juste 
a négligemment raconté qu'il venait de découvrir la AÎcjjc 
du Sacre de Cherubini. Madame, quand vous entendrez parler 
de Cherubini, demain, n'ayez pas l'air trop étonnée. Il ne 
s'agira pas d'un nouveau restaurateur italien, ou, plutôt, d'un 
nouveau "traiteur" (il n'y a plus de restaurateurs, il y a des 
"traiteurs"). Cherubini est un musicien oublié qui fut, voici 
cent ans, très célèbre et très honoré. Il y a un portrait de 

265 



lui, au Louvre, par Ingres : Ce vieux monsieur si triste, qui 
a derrière lui une Muse qui fait semblant de lui enlever sa 
moumoutte "... 

En peinture, je vous annonce que d'ici dix-huit mois 
Cabanel et Baudry auront du talent. Il paraît qu'il y a des 
portraits de femmes, par Cabanel, qui sont aussi beaux que 
des Bronzino; quant à Baudry, nous eûmes tout à fait tort, 
dit Juste Percier, jusqu'à présent, de ne pas quitter notre 
loge, à l'Opéra, pour aller lever le nez dans le foyer de 
ce théâtre, et dont le plafond n'est pas plus mal que certains 
plafonds que Veronèse, en Italie, fit peindre par ses élèves. 
Les antennes littéraires de Juste Percier ne sont pas 
moins sensibles et délicates que ses antennes artistiques. 
Ce vieil amateur, qui a été le premier, jadis, à parler de 
Marceline Desbordes- Valmore et de Gobineau, s'intéresse 
tout particulièrement, aujourd'hui, aux vers de Vauquelin de 
La Fresnaye, poëte du temps de Henri III, qu'il faudra 
prochainement, Madame, que vous n'ignoriez plus. Pro- 
chainement aussi, vous apprendrez que Théodore de Banville 
a écrit une prose admirable, et vous aurez les Lettres Chimé- 
rùjuej de ce dernier sur votre table. Enfin, je signale à votre 
curiosité le conteur P.-J. Stahl, dont Percier a dit qu'il avait 
autant d'esprit que Musset et que Heine, ses contem- 
porains. 

Notre souhait serait que Juste Percier collaborât à 
cette Gazette. Il* écrit bien. Il y a eu, sur votre table, 
naguère, un livre un moment fameux, et d'un écrivain qui, 
depuis, n'a pas donné grand'chose. On m'a affirmé que ce 
livre, tout baigné d'une grâce mystérieuse et triste, était de 
notre Juste Percier. 

Jean-Louis Vaudoyer. 

,64 





Plumages 



ïp\ ANS mon enfance, il y avait un beau jardin 
provincial, et dans ce jardin, une volière. 
Dans mon enfance, il y avait aussi un grand 
chagrin. C'est que cette volière était vide. 
Mais depuis si longtemps qu'elle l'était, quel- 
que plume pourtant, demeurée accrochée au 
grillage, parlait encore pour moi du menu 
peuple volant qu'elle avait autrefois contenu. 
Ainsi, sans voix, sans vie, inhabitée, cette 
vaste cage plaisait à mon Cœur : j'y menais 
rêver mille songeries. Je la supposais pleine 
d'ailes, de cris, de ramages, de couleurs chan- 
geantes, venues des confins du monde, réunies 
là pour le plaisir des yeux. Seul, un jet d'eau 



2 65 





continuait à pépier dans son bassin de 
marbre ; on n'avait qu'à tourner une clef, 
il s'élevait, jasait, s'éparpillait. C'était 
charmant — et c'était triste. 
On me disait que depuis long- 
temps cette volière ne servait 
plus. — « Pourquoi ? » deman- 
dais-je. Et l'on me répondait : 
« C'est parce qu'il n'y a plus 
d'oiseaux. » 

On s'aperçoit tardivement 
qu'à tous les "pourquoi" de notre 
enfance, les "parce que" distraits 
des bons vieillards qui ont 
veillé sur elle n'ont jamais 
donné qu'une réponse 
insuffisante, qui n'expli- 
quait rien. Je sais aujour- 
d'hui pour quelle raison il 
n'y a plus assez d'oiseaux 
parle vaste monde pour en 
pouvoir peupler 
dans les jardins ces 
volières vidées. 
C'est qu'on a besoin 
de leurs ailes et de leurs huppes pour orner les 
robes des belles madames. Et c'est pour nous plaire 
avec leurs chapeaux, leurs éventails et leurs 
écharpes que l'aigrette, le flamant rose, l'autruche 
et le bengali vont bientôt, dit-on, disparaître, et 
s'en aller rej oindre dans la mémoire poussiéreuse 






/•' 





2 66 



des zoologistes le souvenir lointain du ptérodactyle et de 
l'iguanodon. 

C'est peut-être très bien ainsi. Je connais une personne 
charmante, à qui certes l'idée d'écraser une mouche ferait 
mal au coeur, tellement elle a l'âme bonne, qui ne s'est jamais 
demandé combien de massacres, de tueries représentait sa 
robe la plus délicate, chargée — si légère- 
ment! — de vos dépouilles colorées, ô oiseaux 
rdes îles !... Et si, malgré soi, on l'y fait songer, 
è elle en prend son parti, ma foi, 

philosophiquement. — « Bah ! que 
voulez-vous, dit-elle, c'est la vie... » 
Et c o rn m ef elle sourit, en disant 
cela, et F qu'elle est charmante, et la 
grâce même, il faudrait avoir le goût 
bien misogyne et inhumain, pour trou- 
ver en somme qu'elle ne serait point 
du tout femme, si à tant de 
raisons de plaire elle n'ajou- 
tait la cruauté. 

Au reste, si la volière de 
mon enfance était vide, je 
m'en consolai, avec' 
l'âge. Il y'en a d'autres. 
Et nos salons, et tant 
d'endroits où l'on boit 
le tea, ne sont-ce pas volières ? 
Mêmes ramages, et, aujourd'hui, 
mêmes plumages. On dit que les 
oiseaux émigrent: en voilàla preuve. 
Ils émigrent, et ils se transforment ; 












267 





les ornithologues disent mieux : ils muent. 
Ainsi la mode, comme les redoutables fées 
des contes, excelle à modifier l'aspect de nos 
belles princesses. Transfiguration continue 
à vue, et charmante ! Quelle est donc cette 
ourse inouïe, cette visonne fabuleuse qui descend 
de sa Royce, empaquetée dans cet épais pelage 
Toc ! la peau tombe, et c'est un colibri, un ib 
rose, parfois même à nos yeux éblouis c'estl'oiseau 

bleu lu' 
même qv 
paraît. Et 

pas sauvage. Il ne faut, 
pour l'apprivoiser, 
qu'une poignée de mil 
(en billets, de préfé- 
rence), le moindre sau- 
toir. Car les poules ont 
beaucoup changé depuis 
le fabuliste ; et quand 
il leur arrive — cjcam 
quacreru — de tomber sur un collier de 
perles, ma foi, elles ont appris à s'en 
servir. 

Cette mode est exquise. Il ne man- 
quait qu'un peu de plumes à nos amies 
légères. Les en voilà pourvues. — Toute- 
fois, il faudra faire attention à ne pas 
leur laisser les ailes devenir trop longues. 
Elles finiraient par s'envoler. 

Nicolas BONNECHOSE. 



268 



GÉOGRAPHIE VESTIMENTAIRE 

tqeUT-ÊTRE, chère amie, en contemplant vos robes 
^- successives, finirai-je par apprendre la géogra- 
phie, que ni l'éloquence de mon bon professeur 
M. Duplessis-Kergomard, ni les fabuleuses 
couleurs des atlas Vidal- Lablache ne 
réussirent, au Lycée, à me faire entrer 
dans la cervelle. Quand vous vous 
habillez pour aller à la Comédie 
ou au Salon, l'Europe se déplace 
avec vous. Naguère vous por- 
tiez le Japon dans vos 
manches ; ce matin la 
Turquie parfumait 
vos babouches; ce 
soir, parmi les 
broderies de 
votre jupe 
s'inscri- 
vent 
les 




269 



merveilles de Bratislava et de Zagreb, 
et la Moravie dort dans votre man- 
chon comme un petit King Charles. 
C'est très instructif. Rien qu'en 
jetant un coup d'oeil sur votre chapeau 
rond à gland bleu, j'apprends, mieux 
que par les dictionnaires, que les Slo- 
vaques peuplent le territoire compris 
entre le Danube et la Tatra. Je 
retrouve dans vos fourrures bohé- 

l'odeur 





miennes 1 odeur des sapins de 
l' Erzgebirge, et dans les brande- 
bourgs de votre épaisse houppe- 
lande de laine blanche, pareille au 
dziir dont les marchands de fromages 
du Mont des Géants se couvrent par 
le mauvais temps, il me semble que 
sont restées accrochées quelques 
strophes de l'épopée de la princesse 
Libousza : 

... Weltawa, Wellawa, pourquoi leà eaux aont-elled troublée, 
Et pourquoi lea vagueâ roulcnl-ellcd cette écume couleur de neige, 
E.yt-ce que leà venté méchanU ont tondu lea/lota comme la laine 

d'un troupeau, 
Ou bien onl-i/f) effeuillé éur ton àeln tout leà nuageôdu vaole ciel? 

Je vous sais gré de cet ensei- 
gnement profitable. Cela me rajeu- 
nit et me reporte sur les bancs de 
ces classes d'autrefois, — ah ! que 
l'encre rouge sentait bon, et que 
j'avais de plaisir à faire sauter 
dans., mes paumes les plumes 




sergent-major toutes neuves, dans leur étincelante 
virginité ! 

Mais vous n'avez pas l'air, chère amie, 
plus enchantée que ça d'être comparée à une 
école primaire. Votre antiutilitarisme s'en 
émeut : une mode didactique, de la péda- 
gogie dans des chiffons ! Vos cheveux s'en 
dressent d'horreur. 

Pourtant le cinéma fait 
bien du film documentaire; 
pourquoi la mode ne s'amu- 
serait-elle pas à instruire ? Ne 
vous souvenez- 
vous pas qu au 
temps de Char- 
les d'Orléans 
les seigneurs 
portaient, bro- 
dées sur la soie ou le velours de leurs vêtements, 
des pages de musique ou de belles maximes ? 
Cette mode mariait fort spirituellement 
l'agréable et l'utile, et je verrais revenir avec 
satisfaction le goût de ces solfèges ambulants, 
de ces vivantes rhétoriques. Comme mon 
esprit s'enrichirait vite, et comme je devien- 
drais volontiers philosophe si, baisant le 
satin de vos épaules, je rencontrais 
sous mes lèvres une sentence de 
Marc-Aurèle, toute chaude et 
odorante ; si, du manteau à la 
chemisette, je pouvais en vous 




2/1 




déshabillant refaire mes humanités ! 
Mais laissons là ces rêveries 
et revenons à notre géographie 
vestimentaire. Savez-vous que vous 
renouvelez, sans avoir l'air d'y 
prendre garde, l'exploit d'Atlas, 
qui portait le globe terrestre à son 
gilet comme une modeste breloque. 
Baudelaire, qui se plaisait à fourrager 
dans la toison crépue de sa négresse, 
prétendait découvrir « un hémisphère 
dand une chevelure ». Pour moi, c'est le 
long des plis de votre robe que je fais 
mes plus longs voyages. En ce moment, 
grâce à vous, je suis à Prague et me 
laisse glisser au fil de la Moldau. Demain 
je traverserai peut-être la Grèce 
et m'embarquerai pour Cythère. 
Vous êtes, chère amie, la plus 
aimable des mappe- 
mondes. 

Georges- Armand 

Masson. 





...Alon enfant, ma <>œur 

Songe à la douceur 

D'aller là-ùa^ vivre enéemble. 

Manteaux inspirés des costumes Échéco-slovaques 



Gazette du. Bon Genre. — N° 9. 



Planche 64 




Versailles qui dort 

QUELQUES chocs de cristal. Ce sont des voix et leurs 
espoirs d'Avant- Dormir, d'élégants souhaits, des billets 
de sommeil valables jusqu'à ce demain de 1920. 

Sur la Nuit où sont des arbres et des eaux, la lune met 
sa plaque d'identité. Le vent ne respire plus. L'écorce et la 
pierre font des marbres. 

Souffleur aux cerveaux l'invisible des songes demande : 
"Est-ce aujourd'hui? Est-ce autrefois?" 

L'eau est sans âge et toujours il y a la lune avec sa plage. 

Fidélité du Parc à l' Autrefois des Soirs. 

Voici, Hors-texte en l'herbe la page d'eau du grand canal. 
Tout le reste de l'album est relié. Les fontaines et les bassins 
sont des feuillets qui se suivent avec des images nautiques et 
des marges d'allées. 

Meurt en ses branches, de faîte en faîte, un Automne 
sans date et le Château se retranche de la lune 

Dieu veuille Majesté vous laisser bien dormir. 

273 



g 

J'ai parcouru l'Automne de cette nuit et nul ô Louis XIV 
ne profane le Parc. De solitude en solitude, le Silence a 
transmis l'ordre de se taire. 

La haute Garde forestière se dépouille avec honneur et 
Votre Jardin — c'est ainsi comme pour vous aimer — 
s'effeuille coeur à coeur. 

Dans un bosquet habité par la grâce d'un visage d'Amour, 
désobéit seul à la saison, un tendre arbuste. Son geste 
de branches implore, son 'geste qui appelle des feuilles 
perdues. 

Un nuage enfle la joue de la lune et tout se tache. 

Disparaissent peu à peu les ondes sages et leurs hôtes et fond 
aussi l'orgueil de Neptune qui a voulu plus d'eau que les autres. 
Les arbres montent aux nues en ballons d'ombres. 

Deuil. 

Versailles ! Versailles ! Il n'y a plus rien en ce stérile 
instant. 

La lune vient de faire au nuage ennemi une blessure 
d'argent et maintenant elle dépèce l'énorme morceau de 
tristesse. De secondes en secondes des clartés trouvent des 
pierres. 

Enfin les fenêtres du Château et la lune se regardent 
en face. Elles s'aveuglent. 

Sire, votre Domaine et tout le ciel sont blancs. J'ai 
trouvé dans le Parc un vrai chemin de terre qui monte par 
l'horizon jusqu'à la lune. Là-bas il doit y avoir des présences. 



VERSAILLES-LE-PARC 1920. — J'aurai donc osé, 
Majesté, si ce n'est pas Autrefois, vous rendre compte 
d'Aujourd'hui. Je ne vous parlerai pas des Journées. L'on 



274 




£ h ^J-^Xr~&~~~ J * L 




n'y comprend guère pourquoi votre Château ne s'est pas 
écroulé, pourquoi les arbres ne sont pas morts, pourquoi les 
grandes eaux même, dans le soleil, jouent. Veuillez imaginer 
que ce spectacle est donné parmi des hommes qui portent 
veston court, pantalon jusqu'aux chevilles et talons bas. 

Votre Majesté se consolera peut-être de ces choses en 
sachant que les nuits sont identiques à celles de son époque. 
Elle pourrait y figurer sans que nul ne soit surpris. 

Elle pourrait même — et sa promenade ne serait pas 
troublée — assister dès l' Après-lune au réveil de Trianon. 

Seigneur en Cendres, vous pouvez venir à Versailles 
chaque nuit jusqu'à l'Aube, mais le Soleil n'est plus à vous. 

Marcel Duminy. 





EN PARTIE DOUBLE 




|JE me souviens des belles après-midi d'hiver où, 
quand j'étais petit garçon, on me menait, à 
Auteuil, sur la butte Mortemart. Le pesage 
d'Auteuil est délicieux; les pentes, depuis les 
tribunes jusqu'à la haie 
d'arrivée et jusqu'à la 

rivière du huit, ont cette courbe 

onduleuse et molle qu'ont les plus 

douces collines de la campagne fran- 
çaise, l'herbe est verte sous les 

arbres dénudés, le brouillard est 

frais sous le soleil pâle ; une brume 

sort des naseaux des chevaux. Parmi 

les gens qui demandaient la cote 

rose et la cote jaune, je jouais 

aussi, mais aux billes. 

Et je donnais de bons tuyaux. 

A onze ans, j'indiquai pour le 

Grand Prix, Semendria, qui fit 





33o francs pour 10 francs. Malheureu- 
sement, je ne l'avais pas joué. En ce 
temps-là, je n'avais jamais dix francs à 
la fois... 

C'est tout de même là 
que j'ai pris le goût invin- 
cible des beaux chevaux, 
des folles galopades, des 
brillantes couleurs et des 
vives casaques... Une entre 
autres, celle de l'écurie 
Thiébaux, m'a 
touj ours frappé . 
Le programme 
indiquait : Mi- 
noire, mi-rose, 
toque idem. Et 
c'était très amu- 
sant, parce que le 
jockey, qui filait, 
rose, sur la piste 
des fortifications, devenait brusquement noir, 
après le tournant, se présentant de l'autre côté; 
et on le perdait dans le peloton... 

Tout Paris va-t-il porter l'ancienne casaque 
de l'écurie Thiébaux, ou celle de Wysocki, qui 
était verte et rose ? On parle beaucoup des robes 
mi-parties. Et, ce qui est plus grave, on en voit... 

Les robes de deux couleurs se diviseront- 
elles en long, en large, en travers ? Peu 
importe; elles seront bicolores. 




L 




, 7 8 



Il est seulement étonnant que cette mode 
n'ait pas été inventée plus tôt. Car enfin, 
nous avons eu des pièces médiévales, au 
théâtre, ces temps -ci. Nous avons eu de 
ces spectacles que le public qualifie de 
« moyenâgeux ». Je ne parle pas de 
Gringoire. Mais l'opéra, et même l'opé- 
rette, nous en donnent tous les jours 
des exemples. 

Et le Moyen Age, pour la foule, 
est une époque obscure, inexpliquée, 
où tout le monde s'habillait comme 
devaient s'habiller plus tard les jockeys 
de l'écurie Thiébaux, où les gens les 
plus sérieux portaient invariablement 
un maillot mi-parti : une jambe rose, 
l'autre verte... 

Ne croit-on pas que 
ce genre ait été à l'époque, un peu bouffon? 
Ne craint-on pas qu'il ait été, pour parler 
techniquement, un peu... fol? 
Mais peu importe que 
nous imitions les fous au lieu 
des sages ! Est-ce que le bario- 
lage des habits n'est pas, en 
ces temps absurdes où 
nous vivons, le symbole 
du trouble des âmes ? 

Autrefois, une jeune 
veuve passait insensible- 
ment du noir au gris pour 








2 79 




ne venir que progressivement au blanc. 
Maintenant, elle s'affichera soudainement, 
un beau jour, en mi-noir mi-blanc. C'est 
la couleur du signal carré, croyons-nous, 
au pont de Juvisy, qui veut dire qu'il 
faut aller lentement, mais que la voie 
est libre... 

Quelles merveilles les Parisiennes 
pourront inven- 
ter en ce sens ! 
J'ai confiance 
en elles... 
Je vois d'ici 



la robe de la 
dame qui ira aux 
courses avec un 
ami et un raseur. 
M.i-brun, mi- 
bleu... Côté du raseur: le brun 
couleur conversation sur la vie 
chère, histoires de province, 
santé des tantes ; et, pour l'ami, 
le côté bleu, nuance fumée de 
thé, couleur des promenades 
nocturnes au printemps, du silence 
et des abat-jour, — et des pneu- 
matiques qui décommandent... 

Hervé Lauwick. 




280 




LES NEIGES 

Costume pour les sports a Jaiver, en " agnella de rvodier 



Gazette du Bon Genre. 



N" g. — Planche 65 




LA MODERNE HELOISE OU LETTRES DE DEUX AMANTS 

HABITANS UN VILLAGE AU PIED DES ALPES 

(A L'OCCASION DES SPORTS D'HIVER) 

Saint- Preux à Julie. 



A vez-vous fait, Julie, le serment de me désespérer; m'avez- 
^- -^ vous conduit jusqu'au pied de ces montagnes, en ce pays 
glacé, uniquement pour me donner du souci, m' agiter" le cœur, 
et me jeter dans une jalousie que je sais bien sans action, 
mais à laquelle je ne sais pas résister? Je ne devrais pas vous 
avouer ces tourments : mon orgueil, hélas ! n'a point long- 
temps raison de ma faiblesse. Je me promets de vous laisser 
agir sans y prendre garde, je me réfugie dans une dignité 
hautaine, je cherche mon repos dans l'ignorance de vos 
divertissements, je vais rêver sur les pistes à l'heure que 
vous n'y êtes plus et je m'enferme dans le fumoir à celle 
que vous consacrez à la danse. Ah! que n'ai-je avec persis- 
tance le courage de cette solitude': un peu d'application dans 
l'oubli me permettrait peut-être d'atteindre au calme. Mais je 
ne sais pas monter jusqu'au faîte de ces cimes d'où l'on a 
une vue apaisée des choses et des êtres; je m'arrête en route, 
le cœur battant, et je redescends vers vous 
dans le moment où un effort poursuivi 
m'aurait peut-être permis de m'en détacher. 




Ces agitations, ces peines, ces impatiences ne sauraient me remuer 

continûment sans m' amener à quelque éclat, sans m'abîmer ou sans 

détruire le sentiment que je ressens, pour mon malheur, à votre endroit. 

M'expliquerez- vous enfin quel est votre jeu? Si votre mère, Madame 

d'Etanges, se trouvait là elle vous remontrerait 

que ce n'est pas la façon de traiter un honnête 

homme et qu'à force d'insulter à la sincérité on 

finit, un jour, par être dupe du mensonge. Ce jour 

viendra, Julie, et vous serez fort malheureuse. 

Vous regretterez ce que ma naïveté m'inspirait 

de dévouement et de tendre attachement. 

Rien de ce que j'entreprends ne vous inspire 

de satisfaction. Il suffit que je témoigne un désir 

pour que vous le trouviez sans imagination et sans 

nouveauté : vous n'avez d'attraction que pour 

les jeunes audacieux qui vous proposent d'absurdes 

folies. Est-il une entreprise dangereuse, un 
parcours de luge qui vous 
mette en péril, des bonds en 
skis, qui vous portent aux 
bords des abîmes, il faut que 
vous y participiez. Si j'essaye 
de ralentir votre zèle, si mon 
amour se fait soudain frater- 
nel pour vous interdire une 
imprudence, vous avez 
façon de me répondre 
qui m'inonde d'amer- 
tume et me remplit de 
chagrin. 

L'autre matin, 
j'arrive en ces lieux 

escarpés, qu'on nomme la corde de l'ouré. Je me flattais 
d'y rêver sans trop songer à vous, lorsque tout à 
coup, je vois dévaler des hauteurs un traîneau qui 
filait comme flèche dans l'air. Vous y étiez ; je ne mis 
pas un long temps à reconnaître votre jolie personne, 
enfouie dans ce singulier manteau d'agneau qui vous 
transforme en un petit animal gris parmi la blancheur 






des neiges. Un instant, un massir vous 
dérobe à mes yeux — vous et vos compa- 
gnons. Puis vous réapparaissez : cette 
machine avance avec une force effroyable. 
Te vois bien que votre conducteur n'en 
est plus le maître. Il aborde le tournant 
sans guider, son char se dresse presque 
sur le flanc du mont et retombe lourde- 
ment en faisant un sillage dans les neiges 
et en les soulevant derrière lui comme des 
vagues marines. Je vous croyais morte, 
pour le moins atrocement meurtrie. J'ac- 
cours, prêt à vous donner mes soins aux 
uns et aux autres. Vous formiez à terre 
à vous trois, un assemblage, un tableau 
que je tremblais de trouver tragique. Vous 
étiez toute blanche de neige, 
sauf le nez, tout rouge 
dans vos foulards de , 



laine. Ciel qu'allais-je voir? N'aviez-vous pas déjà perdu 
tout sentiment? Ah! Julie, se peut-il? Vous étiez propre- 
ment dans les bras de ce peintre tchèque, les pieds sur 
les épaules de ce danseur russe, et vous leur disiez : 

— A quatre-vingts à l'heure 1 Tout est permis pourvu 
que cela réussisse ! 

J'étais dévoré de confusion, de rage et de douleur. Le 
soir vous dansiez en robe de soie. Vous aviez abandonné 
vos laines, vos fourrures, vos éweaterj, comme vous dites, 
hérissés de poils rugueux, mais vous aviez gardé le même 
cœur indifférent, la même âme glacée. Prenez-y garde, 
Julie ; le plus pur amour est comme la neige. A force de le 
triturer, vous le retrouverez fondu dans vos petites mains, 
— sale et noirci. Craignez qu'il soit trop tard pour le 
regretter. 

Julie à Saint- Preux. 

Vous êtes ridicule, mon ami. Quand on n'aime pas les 
sports on ne vient pas s'enfermer dans un palace à cinq louis 
par jour, on ne s'achète pas des chaussettes blanches, des 



2 83 





V-^ 



chemises blanches, des gants de laine blanche. 

Je ne vous interdis pas de flirter avec votre 
amie M""* S . . . qui a tour à tour l'air d'une 
Jeanneton ou d'un épouvantail à moineaux. 
Laissez-moi mon danseur russe et surtout mon 
chandail d'agneau, qui est une chose délicieuse et 
confortable. Le seul inconvénient est d'avoir mis 
la fourrure dehors : elle prend la neige et mouille 
terriblement. 

Il y a deux fois par semaine un excellent 
train pour la Côte d'Azur. On y joue à la 
roulette, et la Comédie et l'Opéra... Made- 
moiselle L... y donne Werther à Cannes.. . 
Si cela vous dit... 

Ne faites pas le grognon. Vous écrivez 
des lettres comme devait en recevoir 
mon arrière -grand'mère. Avouez que vous 
retardez. 

Levez-vous demain à cinq heures et 
montez, avec moi, jusqu'aux pistes de 
l'ours. Je vous apprendrai un nouveau saut 

qui est un ravissement. Allons, donnez- 
moi la main, que je vous hisse, et mettez 
des gants chauds. 

Votre agneau enragé. 



Pour copie, 

Gérard BAUËR. 






EL- fELHARKJ 



Lobe Je dîners garnie de ruteai 



/T cj de la Gazelle 



Planche 66 




de quelques attributs masculins 

« Le plus beau à l'heure présente, note Monsieur de 
Corberon dans ses mémoires, ce sont les moustaches et la 
barbe de nos élégants. Il y a du capucin, du lansquenet, 
du mignon Henri III. Le collier de mon jeune cousin, 
Astolphe d'Armagne, figure parmi les plus réussis. » Cela se 
passait vers i835, époque à laquelle en effet Astolphe brilla 
d'un éclat incomparable dans les fastes de la vie parisienne. 
Il eut donc le visage garni d'une barbe florissante, les cheveux 
artistement roulés, un haut-de-forme qui lui entrait jusqu'aux 
oreilles. Digne, satisfait, imperturbable, on le vit à la fenêtre 
des clubs de jockeys, aux bals des Variétés ou dans les salons 
de Tortoni, absorbant des sorbets et des punchs. Il faisait bon 
alors explorer le passage des Panoramas où Fleschelle étalait 
ses bronzes et Lapostolle ses chapeaux ; il n'était pas 
désagréable de flâner Passage Choiseul où les galants 



2 85 





venaient attendre la sortie des 
Italiens. Astolphe eut son logis 
rue Le Peletier, avec des fau- 
teuils gothiques, une pendule 
gothique, une écritoire gothique 
et partout, le long des murailles, 
des gravures de courses évo- 
quant le souvenir d'Epsom et 
de Newmarket. Vers 1860, Astolphe changea son nom pour 
celui de Ludovic. Il avait toujours le cheveu abondant, très 
frisé au-dessus des oreilles, d'agréables moustaches ; mais de 
sa barbe il n'avait conservé que les favoris, dits favoris en 
nageoires. Aux favoris il joignit un tuyau de poêle gris, haut 
comme une tour, des pantalons mastic, un veston pince-nez, 
saute-en-barque ou montretout; et, le col à l'air, un monocle 
dans l'œil, s'en fut aux courses, roulant avec un bruit d'enfer 
dans son cabriolet azur et argent. Beau temps que celui où il 
croisait au passage la daumont de M me de Quinto avec ses 
jockeys vert-perruche, celle de M.. Mercy d'Argenson avec 
ses jockeys bouton-d'or, et cette autre à rechampis bleus, 






livrée à la française, 

toques bleues de 

velours et perruques 

poudrées ! 

En 1872, néan- 
moins, il changea sa 

manière. D'abord il 

s'appella Paul, plus 
justement Paupaul, et du coup supprima barbe et favoris, 
ne gardant que la moustache. Il eut des manches pagodes 
et des pantalons en pattes d'éléphant, une énorme cravate- 
plastron et, sur le sommet du crâne, un canotier minuscule qui 
se maintenait là comme par enchantement. Mabille existait 
encore et la Grenouillère. Paupaul, chacun le sait, y connut 
Amanda et chacun sait aussi qu'ils firent de longues prome- 
nades en bateau et témoignèrent pour la friture un goût 
très vif. 

On se lasse de tout. Quelques années plus tard Paupaul 
s'appelait Gaston, adoptait cette fois la barbe en pointe, des 
bottines effilées, des vestons beaucoup trop courts et des 





287 



chapeaux en forme d'oeuf d'autruche. J'ajoute qu'à partir de 
cette époque on a peine à le suivre dans ses transformations 
tant elles se succèdent avec rapidité. En 1896 il ne portait 
plus que la moustache. En 1900 il n'avait plus ni barbe ni 
moustache. En 1908 il reportait la moustache dite moustache 
brosse à dents, et en 1912 il avait'une moustache de rien du 
tout, roulée au petit fer et comme peinte au pinceau. Vint la 
guerre et cette moustache prit un aspect belliqueux, 
s'agrémenta de petites pointes courtes et menaçantes. Puis ce 
fut l'armistice et derechef Gaston modifia sa tenue. En 1920, 
il porte un habit dont la taille lui vient sous les épaules et des 
pantalons plissés aux hanches, le tout complété par une 
moustache réduite cette fois à deux petits triangles de poils 
blonds ou bruns dont le sommet touche aux narines et la base 
effleure juste le haut des lèvres. 

Mais je connais le jeune homme. Il est capricieux, 
fantasque et je ne serais pas étonné si 

l'année prochaine il ^ ^ f revenait aux favoris 

en nageoires ou à la barbe de capucin. 

Roger 

BOUTET DEMONVEL 





^obe du soir, de Yvovt 



N° 9 de la Gazelle du Bon Toi 



Année îçso. Planche 6j 




ants 




: ^ E titre dévoilera mes intentions, lesquelles sont 
pures en leur simplicité. 

J'aurais pu m'élever à la métaphysique, 
ou du moins y tâcher, ainsi qu'avec une 
agréable aisance, et sur les sujets les plus 
futiles, de ravissants essayistes — j'entends qu'on prenne 
l'épithète suivant son étroite étymologie — de ravissants 
essayistes vous le font voir ici-même ; 

Ou m'abandonner à la poésie en évoquant le frêle souvenir 
des féeries enfantines, le bon monsieur Perrault, l'agile 
Cendrillon et ses pantoufles de vair; 

Ou encore feindre la naïveté et admirer qu'en nos climats 
miraculeusement modérés l'instant choisi 
pour placer partout de la fourrure soit 




289 




précisément celui que l'on n'en trouve plus 
nulle part. . . 

Résolument j e renonce à la métaphysique 
et à ses pompes, à la poésie et à ses œuvres, 
à la naïveté et à ses roueries. Aussi bien 
un point de vue me paraît-il appréciable : 
celui de l'honnête homme que nous sommes, 
vous et moi, et dont les cinq-à-sept sont à la fois un souci 
certain par notre goût de la réussite, et un agrément que nous 
nous efforçons tous — je pense — de maintenir quotidien. 
Or, j'ai songé tout de suite à vous, mon adorable amie, 
qui réalisez l'art de porter un nom du meilleur monde et le 
prénom délicieux de Marie- Madeleine où s'inscrit votre goût 
du péché. J'ai songé à vous parce que je vous sais attentive 
aux jeux les plus divers de la mode; et, je l'avoue, j'ai souri. 
J'ai saisi que la théorie d'Azaïs et le système des compen- 
sations n'étaient pas de vains mots, 
puisque, vous qui ne drapez votre 
corps qu'en des robes 
si minces, vous allez 
cet hiver protéger vos 
mains et vos pieds à 
la façon de Shackelton 
au pôle sud ! Vous 
m'êtes apparue blottie dans 
votre auto douillette et que 
vous ne quittez que si peu ; 
et ma joie, qui n'en a été 
que plus vive, a pris une 
teinte littéraire en se sou- 
venant de "la Précaution 





inutile" qui fut un titre de 
AI. de Beaumarchais. 

Je vous entends : "Méchant!" Il est vrai, quand vous 
viendrez chez moi, votre voiture vous laissera "au coin de la 
rue", à cent mètres... Quel trajet mon amie ! Vous décrirai-je 
la scène? Vous courez, non point dans la hâte de ces heures 
que votre fantaisie veut tour à tour délicates ou passionnées 
— la modestie et la confiance me commandent de m'en 
remettre à votre seul caprice — mais simplement parce qu'd 
est décent de ne pas s'attarder. Vous courez avec vos bottes 
de mousquetaire, et dans le naïf désir de passer inaperçue : 

mais l'on se retourne, 







imprudente, parce que vous 
avez des gants qui montent 
jusqu'aux épaules, et que 
votre coquetterie, je vous 
en remercie, vous accom- 
pagne dans votre péché... 




Je vous guettais; je vous ouvre. Vous tombez 
dans une bergère et moi, dans le même temps, 
si j'ose à ce point abréger, à vos pieds. Vous 
êtes ravissante, mon amie, la tête inclinée sur 
vos fourrures, les yeux agrandis par la course, et 
le sein, comme on disait au xvm e , que je peux 
croire amoureusement soulevé. 

Et soudain, je comprends la vertu de vos 
bottes fourrées et je les loue et je les bénis! 
Car voici que je les retire, mon adorable 
amie, et que votre pied apparaît en un 
escarpin minuscule et que j'enlève preste- 
ment; et voici que je tiens à deux paumes 
une chose ravissante, douce comme la 
colombe et vive comme la souris, qui palpite 
et vit, toute tiède, entre mes mains et n'est 
plus ce petit glaçon, ce petit glaçon agité, implacable et terrible 
dont vous jouiez, cruelle et que je redoutais tant, l'an passé, 
lorsque, l'heure venue, vous vous glissiez enfin près de moi... 

Louis Léon-Martin. 






LA PROMENADE A "MONTMARTRE 

Ensemble, de Béer 



Gn^u?» n nn c;,,,,.- n* n 



Année 1 g 2 o . — Planche 68 




LES EMBARRAS DE PARIS 

Manteau a après-midi, de Doeuillet 



Gazette du Bon Genre. — N° g. 



Année 1920. — Planche 




SI ON RENTRAIT GOUTER.. 

lailleur et Rotes d'enfant, de Jeanne Lanvin 



AT 9 de ta Gazette 



Année 1920. Planche 70 




L'HEURE DU RENDEZ-VOUS 

Manteau d après-midi, de Paul Poirefc 



^jjjMUM 



Une Salle de Bai ns 

et deux pages de croquis 

par 

Ruhlmann 




Gazette du Bon Genre. — N° 9 Année 1920. — Croquis de XLI à XLIV 




ÎP™* s ïïêS2z}r~ ..••*' /'" /.. «Bfc^ 



"'r^r35 



'*• • • •■: 









JWVUSL. 




Wa/r Cf).Qi. L<6l/b' 




|gr 9 dk&L (galette 



éU/wée l920-^&uuie^e XLI 




.AA/i/ue- 







9dteSx(gaLgdte 



éU^ABe œO-^fewuïlLe XLII 



PI. 64. — Ced deux endembled dont iiupiréà des codumed tchéco-dlovaqued. Le manteau 
edt en dlallaine blanche brodée noir et or, dur un gilet de couleur moulée, derré dand une ceinture 
de peau a boucle dejaià. La redingote, en velourd de laine, edt brodée de gande noire; et le gilet edt 
de dalin noir brodé rouge. 

PL 65. — Voici un coàtume de dporld d'hiver en agnella, fermé par ded boutonà de qalalile. 

PI. 66. — Robe de dinerd, garnie de ruban. Le cordage ed un ruban broché blanc, noir et or. 
La jupe, dur un deddoud de dalin noir, ed composée de bandeà de ruban noir et or, coudued éur le 
deddoud de jupe, et alternant avec de larqed rubanà blancd rabattue dand le baà. 

* 

PI. 67. — De Worlh, voici une robe du doir, en damad vert et argent, garnie de denlelleé 
d'argent et de diamantd. Ceinture et fleur de côté en dalin ciré noir. 

4. 

PI. 68. — Un endemble, de Béer, compodé d'une robe de charmeude * violet évêque » liderée de 
rouge... et d'une cape de velourd noir doublée de violet et garnie d'un col de loutre. 

PI. 69. — Ce tailleur « deux pieced » de Dœuillel, cdt en cheviolle bleu marine a broderied 
rouged, avec un col de drap rouge. 

4. 

PI. 70. — Led deux fillelted dont habilléed pareillement de la même robe de crêpe marocain 
brodée noir et argent, portée doud une jaquette de velourd noir, brodée aux paremenld et aux poched. 
Led chapeaux bretond dont de velourd ceride bordé de groé grain noir. La dame porte un tailleur de 
kadha blanc brodé noir et garni de dinge, avec un chapeau de taffelad blanc garni de dinge. Ced 
robed et ced chapeaux dont de Jeanne Lanvin. 

* 

PI. 71 . — De Paul Poiret, un manteau en buravella rouge, brodé dejaià et de perledblanched. 
Le coledt doublé de loutre. La même fourrure borde le bad ded manched et led deux pané du dod. 

4. 

Croquis de xu à xliv. Une dalle de baind et deux paged de croquid par Ruhlmann. 
Croquis xli. Une dalle de baind en modaïque. La coifleude et le lit de maddaqe dont de marbre blanc 
et de modaïque d'or. — Croquis xlii. Autre face de la même dalle de baind, préderitant la pidcine 
et led lavaboà. Led lavabod dont de marbre blanc et de modaïque d'or. — Croquis xliii et xliv. 
Paged de croquid. 

Imp. Studium. Marcel Rottembourg, Gérant. 



10. — 1()20 



.Revue -M.en.sii elle 



j 1 Ahâèè 



G^ZyQtt^ &U/ 





«gr- 



ZtKrieDVOCZEL'&irecfè&r 




CONDÉ NAST, PublLdbcr 

ip West 44 th. Street 

NEW-YORK U. S. A. 



LES ÉDITIONS LUCIEN VOGEL 

LONDON 
THE FIELD PRESS LU. 



NAVILLE et C» 



Les Couturiers cités ci -dessous par 
ordre alphabétique ont contribué à londer 
cette Gazette, ou lui apportent, en outre, 
leur collaboration, laide de leurs 



avec 
conseils. 



BEER © © 
CHERUIT 
DOEUILLET 
D O U C E T 

L A N V I N 
P A Q U I N 
Paul POIRET 
R E D F E R N 

© VOITH 



- /fses— «Mrf^tî-- --ai? 5 ^*- -^"fc*" -^(f^M"- -»<?**«- -a.^*" ""^O^" lOr 



SOMMAIRE DU NUMÉRO 



1 o 



Mil-neuf-cent-vingt 3 e Année 

LES AMUSEMENTS DE LA VIE PRIVÉE .7". . . . Robert BURNAND. 

Dessins d'André MARTY. 

LA MORTE D'AMOUR (Hors-lexle) par Ch. MARTIN. 

L'ILE TORQUATE. — SPORTS PIERRE MAC ORLAN. 

Dessins de Ch. MARTIN. 

LES VENTRES DORÉS Hervé LAUWICK. 

Dessins de Marcelle PICHON. 

LES REGRETS SUPERFLUS Georges-Armand MASSON. 

Dessins de MOURGUE. 



LA DERNIERE LETTRE PERSANE (Hors-texte) par BENITO. 

LA CHASSE AU RENARD Roger BOUTET DE MONVEL. 

Dessins de Jacques BRISSAUD. 

MÉTAMORPHOSES Marcel ASTRUC. 

Dessins de BENITO. 

CIRCÉ (Hors-texte) par BENITO. 

LA BELLE CANNE Eugène MARSAN. 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 



PETITS PORTS DE LA MÉDITERRANÉE Roger ALLARD. 

Dessins de SIMEON. 



PLANCHES HORS-TEXTE 

HÉSITATION. — Déshabillé, de Béer par Ch. MARTIN. 

LE PARFUM DE LA ROSE.— Manteau du soir, de DœuiUet. par André MARTY. 
A L'OPERA. — Manteau et robe, pour Le soir, de Jeanne Lanvin. 

par Pierre BRISSAUD. 
EFFET DE GLACE. — Manteau du soir, de Paul Poirel . . par IACOVLEFF. 
LE PAS DE SCOTTISH ESPAGNOLE. - Robe du soir, de Wortb. par DRIAN. 
UN BOUDOIR ET QUELQUES MEUBLES (Quatre planches en lithographie 

hors-texte) par BAGGE et MUGUET. 



SOCIETE DES EDITIONS LUCIEN VOGEL 

24, Rue du Mont-Thabor à PARIS 



VIENT DE PARAITRE : 

FLORA 

Suite de Dessins de Paméla Bianco 
Agrémentée de Quatrains par René Chalupt 

L'idée de ce volume est née à la suite de l'exposition des peintures de Paméla 
Bianco à Londres, au printemps de 1919. Le remarquable talent de cette enfant 
de douze ans, ses dons d'imagination décorative et sa poétique fantaisie attirèrent 
une véritable foule aux Galeries de Lelcester et suscitèrent autour d'elle l'enthou- 

GRAND IN-8° CONTENANT 40 ILLUSTRATIONS DONT 8 HORS-TEXTE EN COULEURS 

PRIX DU VOLUME RELIÉ .■ 60 francs 



Co 



5 1 u m e s 



à, 



Théâtre, Ballets 

et 

Divertissements 

par 
Georges LEPAPE 

Ce premier Recueil est composé de 24 Planches tirées en phctotypie 
et coloriées au patron, contenues dans un cartonnage d'un goût char- 
mant. Chaque planche reproduit le dessin d'un des costumes 
imaginés par l'artiste pour Le Ballet deé Marionnettes et le spectacle de 
U Enfantement du jflort. 

Prix du Recueil : lOO francs 




4 



f 



la A\ode 
masculine 

c H e z: 

BARCLAY 

Tailor 

1Ô &20,J#tserzu& de /Opéra 
PARIS 





PARIS 

BIJOUTERIE - ORFÈVRERIE (Fmnct) £td \ 

LONDRES □ BIARRITZ '□ NICE □ MONTE-CARLO 




ET SURTOUT, NE PRENDS PAS FROI] 
Ameublements de otyle 

CLez MERCIER Frères _ 
Tapiééierd-DécaraleurJ 
100, Rue du Faubourg Saint- Antoine :: PARIS 




Coiffure par 



Ltd 



24-25, Conduit Street 
LONDON W.i. 

398-400, Rue Saint-Honoré 
PARIS 



DE yOLE 

DE BnUXELLEX' 



E/-TAURANT DE 



c5^ 



«UXE 



g/- ^c^ (2/pe Cl ALITÉy 

Pau.1 Bouill^rd Ptop^ j 



EDITION 

de 

GRAND LUXE 

de la 

Gazelle du Bon Ton 

© 

T*L est tiré de chaque numéro de 
■*- la Gazette du Bon Ton 
3o exemplaires sur papier du 
Japon, dont : 

10 Exemplaires numérotés 
de 1 à 10, avec un dessin original 
et deux remarques originales, une 
à chaque semestre, au prix 
de 600 francs 

20 Exemplaires numérotés 
de 11 à 5o, avec deux remarques 
originales, une à chaque semestre, 
au prix de . . . . 400 francs 



-m 



m-- 



4S 




DELETTREZ r . VIVAUDOU > ARLY 

i5, Rue Royale, i5 
LONDRES PARIS NEW-YORK 



LXXXVl 1 





io RUE DE LA PAIX, PARIS 
7 OLD BOND STREET, LONDRES 
3 9 8 FIFTH AVENUE, NEW-YORK 



IXÏIVlll 



&z omwLbfflw&irdb 



1VTOUS sommes revenus de vacances les yeux pleins de 
soleil. Il s'agit maintenant de reprendre terre, d'oublier 
les chauds trésors de l'automne, de songer aux grisailles, aux 
demi-teintes, au clair obscur que nous apporte la saison qui 
vient. Restons chez nous, ou mieux, allons aux pieds 
de nos amies apprendre à goûter la poésie des choses. 

C'est pourquoi 







je vais souvent chez 
Ariane, que j'aime en 
secret — surtout 
depuis qu'elle a 
changé d'apparte- 
ment. Jadis, elle 
habitait une maison 
Louis XIV, hautaine 
et grave, dont les 
fenêtres s'ouvraient 
sur d'imposantes 
perspectives. Rien 
n'était plus noble, 
rien ne faisait mieux 
comprendre la gran- 
deur du passé et le 



293 






Copyright Décembre 1920 by Lucien Vogel. Paru 



néantde ce que nous sommes. Quand je montais l'escalier, je me 
croyais à Versailles ; et Ariane est si belle que ce cadre de 
beauté mystérieuse semblait créé pour elle. Mais dans ces 
grandes pièces inondées d'une lumière implacable, sous ces 
hauts plafonds, devant ces cheminées à brûler un chêne, 
je 'ne savais que m'extasier avec un feint lyrisme, et je m'en 
allais bien vite. 

Aujourd'hui, Ariane me reçoit dans un petit salon, à la 
fois lumineux et plein de mystère. Le jour meurt derrière la 
vitre close, sur les arbres penchés d'un jardin étroit, moussu, 
où pleure une fontaine. C'est le plus doux moment pour rêver, 
pour s'allonger au creux d'un divan, pour feuilleter le livre 




2 g4 




que déjà on ne peut plus lire et qui 

glisse aux doigts entr'ouverts. Le jour 

meurt, le jour est mort. Un dernier 

éclat subsiste au cadre d'un portrait 

de femme, à l'eau ternie 

d'un miroir. Ariane se 

met au piano et joue pour 

moi le nocturne que je 

préfère. La mélodie emplit 

le salon, emplit mon cœur; 

elle ne se perd pas dans 




axe AaMsL/ 



les échos sonores d'un plafond 
inaccessible. La poésie de cette 
heure est intime et familière, elle 
est à notre mesure 
et ne nous écrase 
point . Est-il rien 
de plus char- 
mant qu'une 
voix aimée, 
dans la nuit 



'(^QsxJlWLs 



295 



tombante, cette nuit pleine encore de lumière éparse : 
heure indécise, heure fausse délicieusement et qu'on vou- 
drait voir se prolonger encore, et toujours. Mais puis-je 
regretter la lumière brusquement apparue, puisqu'elle me 
montre le sourire d'Ariane ? 

Les rideaux sont tirés, un feu de sarments craque dans la 
cheminée : un petit feu d'avant-saison qui permet à mon amie 
de s'asseoir sur le tapis, d'éclairer à la flamme dansante son 
fin visage; une seule lampe brûle sous un grand abat-jour. 

Voici le thé. Ariane joue avec de claires porcelaines. 

Pourquoi les poètes vont-ils chercher leur inspiration si 
loin, dans les ténèbres de la psychologie? Rien n'existe que ce 
petit salon, où flotte un parfum léger. Tout l'amour est dans ce 
bras pur, accoudé à la table, dans la courbe de cette épaule ; 
comme toutes les grâces de l'automne finissant sont dans cette 
rose qui s'efïeuille, dans cette rose couleur de pourpre. 

Robert Burnand. 




296 




L'ILE TORQUATE 



o r t s 



COIFFÉES de porcelaine et chaussées au goût du jour, il 
nous est facile de penser que les Torquatiennes et leurs 
suivants ne restent pas dans l'inaction. 

Mais dans cette île aimable où l'initiative, en ce qui 
concerne le travail et même la plupart des gestes communs 
aux autres hommes, est considérée comme une faute de goût, 
voire un manque d'éducation, les jeux dont les filles disposent 
sont d'une autre essence que les nôtres. La société de 
Torquate admet quatre éléments nobles : l'air, le feu, la terre 
et l'eau. Ces quatre éléments servent de base, et les sports 
en faveur leur sont dédiés. 

Les unes et les uns font partie des clubs de l'air, d'autres 
s'enthousiasment pour le feu, la terre et l'eau, mais jamais, 
sur le gazon piétiné, les navigateurs qui découvrirent Torquate 
ne purent apercevoir des joueurs de rugby aux bas rouges, 
aux jerseys fumant dans le crépuscule des nuits d'automne. 



297 




Tous les sports se pratiquent à la manière de « La jeii'dle 
morte ». Toute la vie athlétique du Torquatien et de la Torqua- 
tienne dépend de cette figure mise en vogue, d'abord par la 
feuille elle-même, et plus tard par les aviateurs combinant 
leur perte. 

Le jeu de la feuille morte, appliqué aux sports dans cette 
île fortunée, permet toutes les nonchalances ; ce n'est pas la 
négation du mouvement, mais tout au moins celle de l' effort 
que peut ou doit fournir un individu des vieux pays. 

A Torquate, les quatre éléments nobles apportent aux 
jeunes filles et aux jeunes gens l'énergie nécessaire aux 
exigences de la mode. 

C'est le vent qui pousse les balles de tennis; 

C'est l'eau qui porte les jolies noyées au concours de fin 
d'amour; 



C'est le feu qui rythme les danses ; 

Et c'est la terre qui apporte aux joueurs et à leurs 
compagnes les mille et une surprises charmantes de ses petits 
coins. 

Ainsi Torquate offre à l'étranger des spectacles curieux 
et gratuits dont il tirera des souvenirs profitables. Les vieux 
pays les connaîtront. 

Ah! Torquate! Le navigateur se rappelle l'essaim magni- 
fique des belles Ophélies descendant le courant de la grande 
rivière, comme un banc de poissons rouges ; car les robes de 
ces belles filles étaient teintes en rouge. Sur la rive, les 
parieurs des deux sexes, que là-bas comme ici on nomme des 
sportsmen, jouaient leur destin sur la gagnante : celle qui la 
première franchirait les écluses où la connaissance de l'homme 
se perd pour ne pas devenir tout à fait la connaissance de Dieu. 

Cette course étonnante et peu dans nos mœurs, où les 
filles amoureuses réalisaient une conclusion à leur amour 
selon l'usage torquatien, n'offrait pas l'aspect macabre qu'on 




299 



pourrait craindre. Nul désordre indécent dans les costumes, 
mais une belle tache de pourpre dans l'eau claire et verte. 
Telles étaient les concurrentes de cette course, et chaque Tor- 
quatien, enthousiasmé le long du rivage, possédait une amie 
dans le «peloton » flottant des chéries désespérées. 

Ça et là au bord du fleuve une vie foraine s'organisait. 
On tirait à la carabine, on mangeait des massepains, et l'orgue 
de barbarie que rien ne peut remplacer en ces sortes de 
circonstances broyait les notes mélancoliques de la fameuse 
chanson du pays : 

J'ai dur la rivière 
— Non pad un bungalow — 
JKa'u une amie à med couleur*) 
La femme morte qui la première se heurte maladroite- 
ment à l'écluse mugissante donne à celui qu'elle aimait autant 
de gloire qu'il en peut désirer. 

Ainsi, au point de vue sport, tout finit pour le mieux. 

Pierre Mac Orlan. 




3oo 




LA MORTE D'AMOUR 

Modes et manières de Forquatc 



Gazette du Bot 



Année 1Ç20. — Planche j2 




Si 1 on en croit Homère, il est certain que la déesse 
Vénus était « toute d'or », et l'on trouvera cette expression 
dans la traduction du bon M. Pe,ssonneaux. 

Un autre des plus délicieux poètes de la Grèce, venu 
plus tard parmi nous sous le nom de M. Maurice Donnay, 
a chanté Vénus ruisselante d'argent, bien que ses cheveux 
fussent probablement oxygénés, lorsqu'elle apparut aux 
naïades, et 

Tordant l'or de jcj cheveux éclatanU, 
Naquit, Un matin du jeune printemps, 
O flotd argentée, de votre onde amère... 

Je me rappelle une nuit de Deauville, où le grand vent 
du large balayait les branches mystérieuses des arbres, 
au-dessus des rues endormies où les hortensias faisaient des 
taches claires... Une dame sortit du Casino, et 'marcha vers 
sa voiture, une formidable six -cylindre s qui luisait dans 
l'ombre. 



3oi 




Et elle était vêtue 
d'or, comme dans les 
contes de fées. Sur une 
robe vaguement rose 
qu'on ne voyait pas, son 
manteau tout entier scin- 
tillant était un éblouisse- 
ment. 

Jolie avec cela, brune 
et les cheveux coupés 
courts, elle semblait dé- 
cidée comme une Cen- 
drillon longtemps oubliée, 
qui a résolu de se venger. 
Le carrosse attelé de rats 
— je veux dire la limou- 
sine — l'emporta. Un 
pauvre monsieur l'accom- 
pagnait. Un pauvre 
monsieur riche. C'était 
lui qui avait payé le 
manteau. Il n'avait l'air 
de rien du tout 

Beaux souvenirs, 
inspirations de l'été ! 
Vous êtes loin, et la bise 

de l'hiver est venue, qui défend les tissus arachnéens et la 
féerie de minuit dans les rues. 

Mais la puissance de l'or est forte. Et voici venir les 
ventres dorés, carapaces et cuirassés comme l'avantageux 
estomac des matadors espagnols. 



3o2 



M. Emile Fabre 
avait baptisé de ce nom 
les gros financiers dont 
la rotondité s'ornait de 
lourdes chaînes d'or, 
signe un peu démodé de 
richesse. Ont-ils désor- 
mais chargé de ce luxe 
représentatif leurs « da- 
mes » et leurs « demoi- 
selles »? 

Parlez à de jolies 
personnes de cette in- 
vention, de ce bouclier 
d'or serti au milieu 
d'une étoffe. Elles s'é- 
crieront : 

— C'est nouveau- 
riche ! 

M. ais attendez. 
Attendez qu'une amie 
intime, qu'elles n'aiment 
pas par conséquent, 
exhibe un bouclier ma- 
gnifique, et leur tour 
viendra... 
Jadis, bonne renommée valait mieux que ceinture 
dorée. Maintenant, comment garder une bonne renommée, 
dans le monde, si l'on n'a pas son ventre doré, à l'instant 
où cela se fait? 

Qui se rappelle la naïve chanson du Pont du Nord, que 




3o3 



chantait au music-hall une petite débutante blonde qui devait 
devenir Mme Yvonne Printemps ? 

Sur le Pont du Nord 
Un grand bal... e fut donné. 
Adèle demande 
A .ta mère à y aller... 

La mère refuse. Son frère l'y mène : « Mets ta robe 

blanche et ta ceinture dorée... » Ils dansent sur le pont. Us 

tombent à l'eau. 

Voilà, voila le éort 

Deà enfanté oélinéàl (sic). 

Allez, allez au bal, belles personnes timbrées d'or. Vous 
y coudoierez des dames insolemment fortes, qui, pour 
vous imiter, sautilleront en robes puériles, et sembleront 
avec leur cachet d'or sur le ventre, des 

pots de moutarde de aÉ fc ^ vieille marque. 

Voila, voila le dort '*™*$ÊÊÊÊêS&!*' Deà enfanté oàlinéesl 

Hervé Lauwick. 




3o4 




IEN ne sert de récriminer. Nos pleurs et nos 

grincements de dents ne seront pas entendus. 

Jx Mais Cassandre fut-elle écoutée ? Hélas, 

hélas! le sort en est jeté!... Heu! heu! aléa 

jacta est ! . . . Alas poor Yorick ! . . . 

— Qu'y a-t-il donc — s'écrie Claudine, à qui je sou- 
mets cet exorde impressionnant, — et que veulent dire 
ces gémissements polyglottes? 

— Il y a, chère amie, que tout s'en va, que le monde se 
désagrège, qu'une grande mélancolie va s'appesantir sur nous 
comme une nuit polaire. Il y a que nous ne connaîtrons plus 
le rêve, que la poésie s'enfuira loin de ces rivages inhos- 
pitaliers . . . 

— Prenez garde, vous devenez pompier. 

— ... Il y a que l'Amour va quitter nos climats, comme 
un premier ministre remercié par une nation ingrate. Il y a... 

— Mais encore... 



3o5 




— Pan ! le grand Pan 
est mort!... Il y a, Claudine, 
il y a que les robes s'al- 
longent, que la jupe courte 
a vécu. 

— Vous me rassurez. 
J avais cru un instant que 
la guerre était déclarée ou 
que la révolution venait 
d'éclater. 

— L'événement n'est 
guère moins grave. C'est un 
peu de notre joie de vivre 
qui s'en 



va. Nous ne verrons plus les jambes 
des promeneuses tendre, à en faire craquer 
le fragile réseau, le bas de soie gris d'ar- 
gent ou chair de banane. Nos yeux de 
boulevardiers seront privés de leur spec- 
tacle le plus précieux, le plus chaste et 
le plus économique. Mais que faire contre 
un décret des grands couturiers? Les 
couturiers sont les maîtres de l'univers, 
puisqu'ils sont les maîtres de la femme. 
Certes, je ne méconnais point l'élé- 
gance de ces robes - clochettes qu'une 
maison à la mode lance cet hiver ; je ne 
nie pas la distinction de ces robes - 
sonnettes, l'utilité de ces robes-éteignoirs, 
le galbe de ces robes-carafons, la splendeur 
de ces robes -paniers, le confort de ces 




3o6 




robes -hangars, excellentes pour le 
camping, la vastitude de ces robes- 
bessonneaux, la magnificence de ces 
robes -coupoles, la sublimité de ces 
robes-cathédrales. . . 

— N'exagérez-vous pas ? 

— Vous ressemblerez, ô femmes, 
à d'aimables presse-papiers, à « ces 
amphores admirablement évasées » 
dont parle Anatole France, ou 
encore à ces spirituelles fiasques 
au buste étroit, à la bedaine rebondie, 
où le vin de Chianti dort son 
sommeil 



mo na - 
cal. 
— De 

grâce, évitez donc d'emprunter 
vos comparaisons à la verrerie 
où à la céramique. Tant va 
l'amphore..., qu'elle devient 
cruche. Ne pourriez-vous plutôt 
évoquer les bourgeoises de Por- 
bus ou les impératrices de 
Wmterhalter ? 

— Soit ! JVLais cela ne nous 
rendra pas les jambes de naguère, 
les jambes de la passante ano- 
nyme, entrevues un instant à 
peine, assez cependant pour nous 
renseigner sur la psychologie de 




Zoj 



leur titulaire, mieux que ne l'eût pu faire une heure de 
conversation. Jambes, indiscrétions réticentes ! Jambes, 
confidences interrompues ! Chemin de soie où notre imagi- 
nation s'engageait, avec le petit frisson de l'aventure, et qui 
évoquait toujours pour moi 

l'aimable promenoir de ces doubles allées, 
dont parle le poète Colletet, dans le seul bon vers qu'il lui 
advint d'écrire. Jambes d'acier des danseuses de maxixes, 
jambes de coton des bourgeoises prudentes, jarrets durs ou 
mollets moelleux, chevilles... Claudine, vous boudez? 

— JMon ami, vous vous intéressez singulièrement aux 
jambes des femmes. La robe nouvelle a peut-être du bon. 

Georges -Armand Masson. 




Jo8 




LA DERNIERE LETTRE PERSANE 

Extrait de L'Album édité par leê Fourrures Alax 



Gazette du Bon Genre. — N° 1 o 



Année jç2t>. — Planche ;*j 





LA CHASSE AU RENARD 

ÏON Dieu! ce cheval, comme je dus l'ennuyer la 
première fois que je suivis une chasse au renard. 
Je montais fort mal — ce n'est pas qu'aujour- 
d'hui je monte fort bien — et je m'accrochais 
de toutes mes forces à tout ce que je trouvais. 
Assurément il se demanda ce qu'il avait sur le dos. Mais il 
était si courageux, il aimait tant galoper avec ses camarades 
qu'à lui seul il se chargea de toute la besogne. Les Anglais 
m'avaient dit : " Chaussez vos étriers à fond et empoignez 
vos ficelles. " Préceptes étranges pour un disciple du manège 
Pellier. Néanmoins c'est ainsi que je franchis la première haie, 
découvrant tout un coin du paysage entre ma selle et ma 
culotte. Il en fut de même de la deuxième, de la troisième, de 
la quatrième. Après la douzième j'espérais souffler; mais le 
moyen, quand la chasse file grand train et que pour la suivre 
il faut sauter, encore, toujours sauter? Brusquement on 
s'arrêta. Il y avait un ruisseau, un talus et sur le talus un 
gros arbre dont les branches descendaient assez bas. Point 
d'autre passage et nulle possibilité de le franchir autrement 



.309 




qu'un à un, en se couchant sur l'encolure de son cheval. 
Pressés les uns contre les autres, les cavaliers flattaient leurs 
bêtes et leur parlaient. Moi j'invoquais Saint-Hubert. Arriva 
mon tour. Que se passa-t-il, je ne sais. Mais cette fois 
encore, malgré l'embarras et les tortures que je devais lui 
infliger, mon cheval s'accrocha, s'agrippa, grimpa, et tous 
deux nous sortîmes de l'aventure sains et saufs. 

De quels tours de force n'était-il pas capable ? Quelque 
cent mètres plus loin, nous nous heurtâmes à une haie que 
le propriétaire du champ avait omis de tailler, et qui formait 
un buisson haut et dru. Cela s'appelle un bull-finch. De 

l'autre côté, on entendait les 
piqueux sonner de la trompette et 
crier : " Tally ho! " Coûte que 
coûte il fallait passer, faire un 
trou. La perspective d'avoir un oeil 
en moins ne me souriait guère. 
Mais mon cheval n'hésita pas 
et sans me consulter, à l'aveuglette, 
fonça droit devant lui. Je laissai 
mon tuyau de poêle dans les 
branches, et comme sous aucun 
prétexte il ne voulut que je perdisse 




3io 



mon temps à le rechercher, 
force me fut de continuer la 
chasse les cheveux au vent. 
Cet animal avait le feu aux 
quatre 1ers. De plus, il avait 
horreur de la solitude et tenait 
essentiellement à galoper au 
milieu de ses amis, les autres 
chevaux. Ah ! qu'il aimait donc 
son métier, et comme il abor- 
dait les clôtures, sans laisser 
aux gamins le temps de les 
ouvrir, avec un air de leur signifier qu'il en avait vu bien 
d'autres et qu'il n'était pas cheval à s'étonner pour si peu. 
A la chasse au renard, il y a un renard. Il y a également 
des chiens. Mais en définitive tout cela n'a guère d'importance. 
On bat les taillis, on fait débucher l'animal, et quand la 
meute empaume la voie, on se lance à sa suite. Qu'on prenne, 





qu'on ne prenne point, qu'on fasse change, peu importe. 
L'essentiel est d'avoir la campagne devant soi et de marcher 
vite. Sauter, galoper, tout est là. JVLais quels obstacles et 
quelle étonnante course au clocher ! 

J'ai monté bien des chevaux depuis celui qui me fit faire 
ma première chasse au renard. Je ne pense pas en avoir 
jamais monté de meilleur. Par contre /en ai connu qui avaient 
une imagination surprenante. Voyaient-ils une flaque d'eau, 
ils croyaient voir une rivière et faisaient un bond à décrocher 
la lune. Voyaient-ils une rivière, ils croyaient voir une flaque 
d'eau et s'arrangeaient pour tomber juste au milieu. D'autres 
s'appliquaient à me jeter par terre; mais les pauvres, une fois 
que je n'étais plus sur leur dos, ils avaient l'air si désorientés, 
si désœuvrés, si repentants, que je n'ai jamais pensé qu'ily eût 
là malice de leur part. 

Roger BOUTET DE M.ONVEL. 




3l2 




MÉTAMORPHOSES 



pAR la voile de Thésée, blanche du bon côté, noire de l'autre, 
et qui amena, par suite d'une erreur de manœuvre, 
bien fâcheuse, la chute dans la mer du bonhomme Egée; 
par les deux visages de Janus, dont l'un annonçait la guerre, 
et son camarade — que l'on ne vit, à Rome, que sept fois en 
mille ans — la paix ; par tout ce qui change a. vue d'oeil et 
varie : la couleur du caméléon, la foi solennelle des chefs 




d'Etat, et les amours des 
hommes ; par le dieu herma- 
phrodite, par les sirènes moi- 
tié femme et moitié poisson, et 
par l'hôte du Satyre, qui 
soufflait alternativement le 
froid et le chaud... vous avez 
là, madame, une robe qui 
vous sied. 

Car elle est trompeuse, 
différente du devant et du 
dos, de l'avers et du revers, 
comme la carte double et la 
pièce de monnaie, lancée, et 
sur quoi joue à pile ou face le 
Destin. 

De grâce, Beauté, ralen- 
tis tes prestiges. C'est vrai, 
on ne peut pas te suivre dans 
tes exercices à transforma- 
tions. Il y faut une attention 
fatigante, et je n'ai pas la santé 
de Pomone, qui suivit avec 
patience les diverses incarna- 
tions, en maçon, en bouvier 
et en vieille femme, de 
Vertumne — attendant, 
brave petite déesse terre-à- 
terre, que le dieu eût repris 
après ses brillants exercices, 
si inutiles, sa forme naturelle, 



3,4 



la seule convenable à l'office 
qu'elle attendait de lui. 

Ne pouvez-vous donc 
vous tenir un instant en 
repos, que l'on ait le temps de 
vous causer cinq minutes de 
toute la vie ? Vous êtes là, 
près de moi. Je vous tiens, 
un peu inquiet cependant. 
Que va-t-il arriver? Il y a dix 
minutes que vous êtes tran- 
quille. 

Pour savourer mon 
bonheur, je ferme les yeux. 
Fatale imprudence ; en les 
rouvrant, je ne vous trouve 
plus. Vous êtes là, pourtant, 
visible et méconnaissable, à 
deux pas de ma main tandis 
que je pleure, sur ma flûte à 
moi, votre fuite. Passez mus- 
cade : vous vous êtes retour- 
née, et vous m'avez montré 
l'autre côté de votre robe. 

Comment voulez-vous 
qu'on vous retrouve au 
milieu de toutes ces complica- 
tions. L'amour lui-même s'y 
perd ; et elle se trompe, pour 
une fois, la voix du cœur ! 
Cessez, je vous prie, ces dan- 




3i5 



gereux exercices. Il faudrait l'expérience particulière d'Ovide 
pour vous démêler dans vos métamorphoses. Je sais bien ce 
qui arrivera un jour. A force de vous quitter de vue je vous 
perdrai tout à fait, et je suis bien tranquille qu'il ne se 
passera pas cinq minutes avant qu'un autre vous ait trouvée... 
Ou bien je me tromperai (et vous, ce qui est bien plus 
grave) en allant offrir mes hommages à la dame qui 
possède le devant du dos de votre robe, et que, bonnement, 
je prendrai pour vous. 

Marcel AsTRUC. 




3i6 




CIRCE 

lobe du soir 



Gazelle du Bon Genre. — iV° 10. 



Année 1920. — Planche jj 




la Bene caaae 



E consens que vous sortiez les bras ballants si vous êtes 
dans le printemps de la vie et qu'il vous plaise de faire 
valoir la belle taille de votre veston, une jeune épaule bien 
accrochée. Alors vous n'aurez aux mains que vos gants, 
lesquels seront larges et rebroussés. Ou bien, comme le veut 
M. Marcel Boulenger en certains cas, vous ne serez pas 
même ganté et vous porterez des mains parfaites mais viriles. 

Si vous avez passé la vingt-cinquième année, cet âge où 
M. Bourget désirait qu'un homme élégant finît de suivre la 
mode (mais c'était en i885), si vous avez un peu de carrure 
ou seulement un air d'assurance et d'autorité, maniez, je 
vous en prie, une belle canne. C'est ce qui s'est toujours fait 
depuis le siège de Troie. 

Vous ne choisirez pas cet objet sans discernement, 
selon les circonstances et même selon la couleur du temps. 



3i 7 




Et je veux que déjà vous ayez écarté 
presque tout ce qui n'est pas jonc, bambou 
ou rotin. 

Les botanistes vous diront que ce sont 
plantes de même race, de la famille du caLamiu rotang. 
La différence est dans l'émail de ces précieux roseaux 
et dans la longueur de l'entre-nœuds, si grande pour 
ce qui est du jonc, et pour le bambou si courte... 
Vous pourrez avoir d'abord deux gros joncs de 
couleur différente, l'un foncé et l'autre clair. La 
pomme sera d'écaillé blonde ou de cornaline, ou de 
chrysoprase, d'héliotrope ou de jaspe sanguin, 
toujours parfaitement sphérique et reliée au bois 
par un léger tore de métal. Plus minces, les autres 
joncs seront coiffés d'or ou d'argent, soit d'un tronc 
de cône tenant par la plus petite de ses bases, soit 
d'une capsule plate ou bombée. Les rotins, il en 
faut un qui soit sombre et tacheté, volumineux, 
pareil à quelque serpent naturalisé dont les écailles 
aient été poncées ; un autre, au moins, qui soit clair, 
avec une pomme de cristal. Quant aux bambous, 
leur plus bel ornement sera leur racine même qui 
peut être seulement cloutée, d'or si le bois est brun 
et s'il est jaune d'argent. Je crois bien que le goût 
d'à présent ne permet guère d'autre essence que 



3i8 




l'ébène ou quelque noire épine pour le 

deuil ou le soir, et pour les champs, l'été 

ou bien l'automne, un frêne, un merisier, 

dont l'écorce demeure visible. Mais, 

naturellement vous avez toujours licence d'inventer 

quelque chose à vos risques et périls : nous en 

reparlerons. 

Il va sans dire que tous les joncs que vous aurez 
seront mâles, c'est à dire marqués dans leur longueur 
par un léger renflement. Connaissez-vous (je vous 
demande pardon) la lemniscate ? Ce n'est pas une 
danse, c'est une courbe qui peut affecter (je vous 
demande encore pardon) la forme d'un huit, dont la 
boucle au lieu d'être molle et arrondie serait acutangle. 
Eh ! bien, la section horizontale d'un jonc mâle est 
approximativement hémi-lemniscatique (ne me mau- 
dissez pas !) Plus l'arête est tranchante, mieux c'est. 
Entre tant, vous en aurez de simplement recourbés 
pour les suspendre à votre bras. La trace de la 
flamme y peut être belle. Vous en aurez surtout qui 
soient couronnés, corne, écaille, ivoire ou métal, 
de cette étrange olive oblique qu'il n'est pas commode 
de définir : une grosse prune tirée des armes du 
Colleone. Cela fait une canne bien en main, qui était 
à la mode sous l'Ordre moral, et que nous avons pu 



Q 







3ié> 



U S B 



*=?*?m 



reparaître avec honneur... Environ le temps que nous imagi- 
nions aussi de rétablir ce lacet de cuir ou de soie, tellement 
galvaudé aujourd'hui que vous n'en userez que peu, avec 
une prudence extrême. Si vous percez un rotin, veillez par 
exemple que les œillets soient d'argent, parce que la corne 
et l'écaillé et l'or lui-même conviennent aux seuls joncs. 

Je discourrai une autre fois aussi des étickâ ou, pour 
parler français, des badines. 

Sous aucun prétexte, vous ne balancerez votre canne 
tenue par le petit bout comme faisaient il y a plus de vingt 
ans les nigauds. Mon Dieu, n'était-ce pas tout le monde ? 

Eugène Marsan. 





etits 



Ports de la .M-éditerranée 



C'est avec toi, Tobie Smollet, ancêtre de tous les 
touristes anglais, toi qui premier eus à souffrir par le fait des 
hôteliers nissards, et qui fis leur fortune par tes écrits, c'est 
avec toi que je veux refaire ce voyage dont tu nous as laissé 
une relation par lettres, infiniment plus divertissante que 
Rodcrick Random, ton fastidieux chef-d'œuvre. Avec toi, 
cher voyageur atrabilaire et morose, nous traverserons 
Marseille où le Vieux Port continue de fumer vers le ciel 
suffoqué, comme une bouillabaise aux relents âpres et salés. 
Aux alentours, dans la campagne pierreuse, les bastides 
blanches et basses, toujours pareilles, sèchent les gerçures du 
dernier mistral. Nous ne ferons que passer à Toulon qui 
souffle au visage du visiteur nocturne l'haleine de ses quar- 
tiers rouges. Nous traverserons Fréjus et laissant sur notre 
gauche l'aqueduc immuable pour déboucher par l'est de la 
vieille cité romaine, nous abandonnerons l'hiver sur le versant 
provençal et nous entrerons dans l'enchantement. Regarde 
maintenant du côté de la mer : les éléments sacrés n'ont pas 
changé. Comme de ton temps, Tobie Smollet, les collines 
couvertes de pins, de lauriers, de cyprès et de genévriers, les 

3 a . 




collines au pur dessin sont les autels 
où brûlent les parfums qui forment 
ici l'atmosphère. Entre les bords 
de ces cônes délicats, repose une 
mer sombre et massive. A travers 
les bois du Canaille où les doigts 
brûlants du jour font résonner le 
cistre des cigales, descendons vers 
Cassis. Là, des blocs de rocher, 
chauffés au rouge aveuglant, 
trempent dans un golfe d'indigo 
et la falaise semble aspirer le ciel 
par la cime des pins, et se nourrir 
de sa lumière. Il fait bon dormir au 
creux des cagnards, en attendant 
le premier petit nuage ovale, qui 
présage la brusque nuit, de même 
qu'à travers les ruelles jaunes, 
l'odeur d'huile et d'anchois grillés 
annonce midi par tout l'Esterel. 
Là-bas fleurissent les Marguerites, 
vraies perles roses de la mer. Bandol 
rêve au loin sous sa couronne d'oli- 
viers. Voici Cannes où tu cherche- 
rais en vain le petit village de 1763. 
Sous les palmiers africains et les 
cactus, flore en zinc découpé d'un 
décor d'opéra-comique, une villa 
trop rose abrite le poète riche et 
sa Dame aux camélias. Au flanc 
des coteaux blanchissent les 



5a « 



caravansérails modernes du plaisir nomade et de la mort 
exilée et, seule tristesse de ces bords heureux, le souffle de 
secrètes agonies se mêle à la respiration des roses. 

Gardés par la tour blanche du phare, voici Antibes, 
Saint-Tropez assiégés par les peintres qui dressent partout 
leurs chevalets menaçants et crachent l'outremer à plein tube. 




HZ 



Dans la baie les tartanes 
balancent leur charge 
de tonneaux et, s'il vient 
à pleuvoir, nous verrons 
les matelots aux jambes 
nues s'abriter sous leur 
parapluie, en attendant 
que les "voiles au sec" 
refleurissentlamer.Nous 
irons écouter les guita- 
ristes italiens au « Côte- 
d'Azur-bar » à l'heure 
où le yacht de M. Signac 
glisse légèrement dans 
un azur divisionniste. 

Mais je te vois pen- 
sif, cher vieil oncle Tobie, 
tu songes au chant 
rythmé, sur la mer, des 
galériens du roi de Sardaigne, au canon lointain du pirate barba- 
resque. Il n'y a plus ici d'autres galériens que ceux de la maladie, 
de l'art et du plaisir, d'autres pirates que ceux des casinos. Mais 
regarde bleuir au loin les forêts de chênes-lièges que l'incendie 
menace et la main des hommes plus redoutable encore. Qu'im- 
portent les destructions et les profanations : la terre, le ciel et 
l'eau ne peuvent pas changer. Comme l'a dit le chantre harmo- 
nieux des Martigues : « Pour une beauté de perdue, deux 
naîtront et quand il n'y en aura plus, l'ample nature saura bien 
arranger qu'il y en ait encore. » Les touristes professionnels 
sont dans le vrai. Il faut se hâter de tout voir et jouir de 
tout sans inquiétude et sans regret. Roger Allard. 




324 




HESITATION 

)ésliaoillé, de Béer 



Gazette du Bon Genre. — N° 10 



Année 1920. — Planche 75- 




LE PARFUM DE LA ROSE 

Costume tailleur, cle IDoeuiHct 



Gazette du Bon Genre. — N° 10 



Année 1920. — P l, niche j6 




A L'( 

lanteaii -et robe, pour le soir, de Jeanne Lanvin 



N° 10 de la Gazette 



Année jq2û- Planche 77 




EFFET DE GLACE 

ïamfceau du soir, de Paul Poiret 



Gazette Ai 



— N° 10. 



Année içzo. — Planche j8 



. 










'fem^^É* 1 








if w 


■ Aw>/*\ JJ 





LE PAS DE SCOTT1SH ESPAGN 

Rote du soir, de Wortli 



N° io de la Gazette 



Année jçso. Planche jç 



Un Boudoir 

et quelques meubles 



par 

Bagge 
Huguet 



M 



Gazette du "Bon Genre. — N° 10 Année 1920. — Croquis de XLV à XLVIII 




D 



c/ 



fis 



u 



■.NT C s ! 



N-IODCLA6AïC"iït| 

ANNÉE 1920.PLAMCHE XLVI 




' OhF) DE ISOUBO : 



N-IODELASAÊÉiïtf 



ANNÉE 1920. PLANCHE XLV 




Dams y« Boudoir 



• 10 Df LA SAÉéïTE-l 



ANNÉE 1920.PLANCHEXLVII 




ÎTlODELAtoTTE-l 



ANNÉE 1920. PLANCHE XLVIII 



PI. 72. — La morte d'amour. Modes et manière* (non, celle-ci, la moins singulière) de 
celle Torquale oh l'on voudrait vivre... et mourir comme cette jeune morte. Je parle pour les 
dameê — qui savent d'expérience que nul amour ne compte, qui n'aille jusqu'au sacrifice total et ne 
oorte aux extrémités pires, si délicieuses pour un cœur généreux, comme à Torquale Us sont tous. 

PL 73. — Planche extraite de l'album La dernière lettre persane, édité par Fourrures 
Max, place de la Bourse, Paris. Texte de JJlguel Zamacois, dessins de Benllo, Impression de 
Draeger. En vente aux Editions G. Crès et Cle, 21, rue Haulefeullle, Paris. 

PI. 74. — Robe du soir, dont le devant est de salin uni, et le dos de dentelle couleur 
" cuivre " . 

PI. 75. — Ce grand lea-gown est de mousseline brochée de velours. Très grandes dentelles 
d'argent aux manches. Les bordures sont de skungs; un ruban bleu turquoise a la ceinture. Ce 
déshabillé est de Béer. 

PI. 76. ~ De Dœulllet, un manteau pour le soir, en velours vert brodé d'or. Col de fourrure. 

PI. 77. Voici, pour le soir, un manteau et une robe de Jeanne Lanvln. Le manteau est en 
satin et est garni de mouflon. La jupe de la robe de taffetas noir est voilée de lulle et recouverte d'un 
court tablier de pétales. Sur les côtés, des oanneaux de pétales tombent très bas. 

PI. 78. — jflanteau du soir, en brocart d'or, de Paul Polret . 

PI. 7g. — Celte robe, de Worlh, est une robe pour les dîners. Elle est de velours « cuivre » 
brodé de cabochons de jais. Le haut est de dentelle Chantilly, ainsi que le bas de la jupe. 

Croquis de xlv à xivm. Un boudoir et quelques meubles par Bagge et Huquet. 
— Croquis xlv. Fond de boudoir. Les meubles en laque forment le coin Intime de la pièce. — 
Croquis xlvi. Dans un salon ; Une commode en laque rouge avec bronze doré ; une glace en bols 
sculpté doré. — Croquis xlvii. Dans un boudoir : Une table en laque avec motifs or en relief. — 
Croquis xlviii. Tables-gigogne. 

Imp. Sludlum. Marcel Roltembourg, Gérant. 



DU 



ON GENRE 



DU 



Bon Genre 



ARTS, MODES 
FRIVOLITÉS 

LUCIEN VOGEL, Directeur. 
192O 

1 orne Xi 



Vi 




n V%xK y 



JParis 

AUX ÉDITIONS LUCIEN VOGEL 
24, Rue du Mont-Thabor, 24 



TABLE DES MATIERES 

DEUXIÈME SEMESTRE 
( Juillet à Décembre 1920 ) 

m © m 

TABLE DES ARTICLES 



AGE DU LAQUE (L') Henri DUVERNOIS. i65 

Dessins de Ch. MARTIN. 



AH! MON BEAU CHATEAU Emile H EN RIO T. 169 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 
AMUSEMENTS DE LA VIE PRIVÉE (Les) . . . Robert BURNAND . 2 9 3 

Dessins d'André MARTY. 



A PROPOS DEBOTTES.. ET DE GANTS.. . LOUIS-LEON MARTIN. 289 

Dessins de SIMÉON. 

ARRIÈRE-SAISON Roger ALLARD. i 97 

Dessins de LABOUREUR. 

AVÈNEMENT DES AMAZONES MAYOTTE. 192 

Dessins de BENITO. 

BELLE CANNE (La) Eugène MARSAN. 3i 7 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

BIARRITZ KÉAN. 22. 

Dessins de Gustave BUCHET. 



CES CHÈRES VIEILLES CHOSES Denise VAN MOPPÈS . 20 g 

DessWde Maurice VAN MOPPÈS. 

CHASSE AU RENARD (La) Roger BOUTET DE MONVEL. 3o 9 

Dessins de Jacques BRISSAUD. 

CHEZ LES MAITRES DE LA COUTURE 22 8 

Dessins d'André FOY. 

COMMENTAIRE POUR DES MODES VILLAGEOISES D'ITALIE 

trouvé dans JACQUES CASANOVA, CHEVALIER DE SEINGALT. 2i 7 
Dessins de Zoë BORELLI-ALACÉVICH. 

DE QUELQUES ATTRIBUTS MASCULINS. R. BOUTET DE MONVEL. 2 85 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

DEUIL Roger BOUTET DE MONVEL. 241 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

DIVAN DE VÉRONIQUE (Le) LOUIS -LÉON MARTIN. 189 

Dessins de Robert POLACK. 

DJERSADOR DTSPAHAL CÉLIO. i85 

Dessins de SIMÉON. 

EN PARTIE DOUBLE Hervé LAUWICK. i 77 

Dessins de ZYG-BRUNNER. 

FOURRURE DÉGUISÉE (La) Marcel ASTRUC . 2 33 

Dessins de Ch. MARTIN. 

FOURRURES Emile HENRIOT. 201 

Dessins de SIMEON. 

GÉOGRAPHIE VESTIMENTAIRE Georges- Armand MASSON. 2 5 9 

Dessins de L'HOM. 

HÉRALDIQUE D'ANGLETERRE Jean de BONNEFON . 181 

Dessins de LORIOUX et CATTI. 

HISTOIRE DES FAVORIS (L') Capitaine Georges CECIL. a53 

Dessins de CL. MARTIN. 

ILE TORQUATE (L') — DE LA COIFFURE DES TORQUATIENNES 

Dessins de CL. MARTIN. PIERRE MAC-ORLAN. 2 o5 

ILE TORQUATE (L') — SPORTS PIERRE MAC-ORLAN. 297 

Dessins de CL. MARTIN. 

IMPOSSIBLE HALLALI (L') P. L. x 77 

Dessins de EYRE DE LANUX. 

INSPIRATIONS ET REFLETS Marcel ASTRUC. 24S 

Dessins de MARIO SIMON. 



Pages 

LETTRES DE DEUX AMANTS, HABITANS UN VILLAGE AU PIED 
DES ALPES (A L'OCCASION DES SPORTS D'HIVER). 

Dessins de Marcelle PICHON. Gérard BAUËR . 281 

MARCHANDES D'ESPOIR (Les) SYLVIAC i 7 3 

Dessins de Ch. MARTIN. 



METAMORPHOSES Marcel ASTRUC 3i3 

Dessins de BENITO. 

NÉO-HELLÉNISME Robert BURNAND . 2 3 7 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 

PETITS PORTS DE LA MÉDITERRANÉE Roger ALLARD. 3a 1 

Dessins de SIMÉON. 



PLUMAGES . . Nicolas BONNECHOSE. 2 65 

Dessins de BENITO. 



POUR BERCER VOTRE AMIE AYANT LE CŒUR EN PEINE. 

Dessins de Zoë BORELLI-ALACÉVICH. Eugène MARSAN . 249 

POUR CELLES QUI REGRETTENT . . . . Georges-Armand MASSON . 22 5 
Dessins de MAGGIE SALZEDO. 

PRONOSTICS Jean-Louis VAUDOYER. s 6i 

Dessins de MARIO SIMON. 



REGRETS SUPERFLUS (Les) Georges-Armand MASSON. 5o5 

ROBE ÉGRATIGNÉE (La) Marcel DUMINY. 2 ,3 

Dessins de BENITO. 

VENTRES DORÉS (Les) Hervé LAUWICK. 3oi 

Dessins de Marcelle PICHON. 



VERSAILLES QUI DORT Marcel DUMINY. 2/ 3 

Dessins de LABOUREUR. 



VITE! UNE ÉCHARPE Nicolas BONNECHOSE. 2 5 7 

Dessini de ZINOVIEW. 

VOYAGE AUTOUR DE MON ASSIETTE . Georges -Armand MASSON. 229 

Dessins de Jeanne DUBOUCHET. 



^©^ 



TABLE DES PLANCHES HORS-TEXTE 



A L'OPÉRA — Pierre BrLuaud 

APPELEZ URBAIN DE L'AVENUE DU BOIS — Pierre Bruéaud. 

BOURRASQUE — Simêon 

BROUILLARD — Pierre Brùéaud 

CHAPEAU EN PORCELAINE (Le) — Cb. Martin 

CIRCÉ — Bénito . . 

COIFFURE ESPAGNOLE (La) — Brian 

DERNIER CARROSSE (Le) — Bernard Boulet de MonveL 

DERNIÈRE LETTRE PERSANE (La) — Bénito ' 

DEUX SŒURS (Les) — Mario Simon 

EFFET DE GLACE — Iacovleff 

ENFIN ! QU'AVEZ -VOUS CHÈRE AMIE ?. . . ou LES NERFS. 

Pierre BrUéaud. 

EMBARRAS DE PARIS (Les) — André Marty 

FEMME A L'ÉVENTAIL (La) — Brian 

GROS TEMPS — Zinoview 

HÉSITATION — Cb. Martin 

HEURE DU RENDEZ-VOUS (L) — Iacovleff 

HEURE DU THÉ (L) — Bénito 

HINDOUSTHAN — Cb. Martin. 

" IL N'A PAS PLEURÉ'' ou NOTRE DÉFENSEUR DE DEMAIN. 

Pierre Briiéaud. 
"JAMAIS PRÊTES" ou LE PREMIER ACTE SACRIFIÉ. . . . 

Cb. Martin. 
JARDIN DE L'INFANTE (Le) — Cb. Martin 



"' Pla 


nches 


o 


77 


6 


47 


7 


4§ 


7 


53 


7 


49 


o 


74 


8 


62 


8 


5 7 


o 


7^ 


7 


5 A 


o 


78 


8 


60 


9 


6 9 


9 


67 


6 


42 


o 


75 


9 


7» 


7 


ai 


8 


5 9 


8 


63 



58 



N" Planches 

"MAITRE... EL REL1CARIO ! " — Siméon 9 66 

MIROIR OVALE (Le) - Domergue 8 61 

...MON ENFANT, MA SŒUR... - Marcelle Picbon 9 64 

MONSIEUR EST-IL RENTRÉ ? — Bénito 8 56 

MORTE D'AMOUR (La) — Ch. Martin 10 72 

NEIGES (Les) - Maurice Leroy . . . g 65 

ON T'ATTEND! — Pierre Br'maud 6 4^ 

PARFUM DE LA ROSE (Le) — André MarLy 1Q 76 

PAS DE SCOTTISH ESPAGNOLE (Le) — Drian 10 79 

PROLOGUE OU LA COMÉDIE AU CHATEAU (Le) 6 40 

Pierre BrUéaud. 

PROMENADE A MONTMARTRE (La) - Ch. Martin 9 68 

QUATRE BOUQUETS (Les) — Bénito 7 5o 

QUE VAS-TU FAIRE! — Brian 6 46 

REMORDS — Maurice Leroy 6 41 

RETOUR DES AUTANS (Le) — Siméon . 7 55 

" SI ON RENTRAIT GOUTER !.." — Pierre Briwaud 9 70 

SOUBRETTE ANNAMITE (La) — André Marty 6 4.5 

VOICI L'ORAGE ! — George* Lepape 6 45 



^©3** 



TABLE DES CROQUIS HORS -TEXTE 



N" Croquis 

MODE POUR L'AUTOMNE (La) — Siméon 7 xxxra à xxxvi 

TOILES DE TOURNON, LAMPAS, BROCARTS ET 

BROCATELLES — Raoul Dufy 8 xxxvn à xl 

UN BOUDOIR ET QUELQUES MEUBLES 10 xlv à xlviii 

Bagge et Huguet. 
UNE SALLE DE BAINS ET DEUX PAGES DE CROQUIS 9 ma xliv 

Rublmann ■ 
UN STUDIO, UN COIN DE FEU, UNE CHAMBRE A 

COUCHER ET UNE CHAMBRE D'ENFANT. . . 6 xxix à xxxn 

Francis Jourdain. 



® @ @ 



DEFENSE DE LA MODE 

(Conférence prononcée par Al. Paul Poiret au Salon d'Automne) ^ 



7 



<<:''■ 



tkr 



*mr-